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Désinformation et sexisme sur TikTok : #Sigma et la fabrique de la communication toxique

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Samuel Tanner : Université de Montréal

Résumé de la communication

TikTok se distingue des autres plateformes par les défis, les danses et le playback initiés par ses utilisateurs, ce qui lui confère un fort potentiel d’attraction et d’imitation, exposant ainsi les utilisateurs à un risque accru de rencontrer involontairement du contenu perturbant. L’objectif de cette présentation est d’analyser comment les discours masculinistes se forment, se diffusent et sont appropriés par les utilisateurs sur TikTok, en se concentrant sur un mouvement spécifique : #sigma. En nous basant sur une méthode qualitative d’observation numérique par "immersion" dans l’environnement de TikTok, nous nous intéressons ici à un contenu qui façonne progressivement une communication toxique menant les jeunes audiences vers un discours extrémiste contre les femmes. Ces résultats sont d’autant plus préoccupants compte tenu de la généralisation de l’usage des réseaux sociaux, en particulier TikTok, chez les adolescents, et des risques auxquels ce public est confronté en étant exposé à la "désinformation genrée" alors qu’il est en pleine construction identitaire.

Résumé du colloque

Le début des années 2020 voit poindre une dégradation du climat social eu égard aux personnes LGBTQ+, et surtout aux personnes trans et non binaires (TNB), ciblées par des assauts législatifs et une polarisation des discours sur leur existence. Des rapports d’associations états-uniennes montrent que les personnes LGBTQ+ en général, et les personnes TNB en particulier, sont ciblées par des initiatives visant à restreindre leurs droits (HRC, 2023). Ces violences sont décuplées par les réseaux sociaux et par l’incapacité des plateformes à réglementer ces discours (GLAAD, 2023).

La désinformation autour de l’existence et des revendications des personnes trans génère une polarisation des opinions du grand public à leur sujet. C’est particulièrement vrai au sujet des droits des personnes trans, qu’on tend à représenter comme des menaces, des gains durement acquis par les mouvements féministes comme de la sécurité et de l’intégrité des enfants, qu’il faudrait « protéger » de leur « influence ». Ainsi, un sondage états-unien révèle que 38 % des adultes estiment que « la société va trop loin pour accommoder les personnes trans », alors qu’une proportion presque égale (36 %) estime qu’elle devrait les accommoder davantage (Pew, 2022).

Le Canada et le Québec n’échappent pas à ces phénomènes. Un sondage canadien montre un déclin significatif et rapide du soutien à des mesures transaffirmatives comme l’accès des mineur·es à des soins d’affirmation de genre (58 % en accord en 2023 vs 48 % en 2024) ou la possibilité d’offrir une option de genre neutre sur les papiers d’identité (49 % en 2023 vs 40 % en 2024) (IPSOS, 2024).

Ce climat social affecte les jeunes, par la rhétorique qu’il emprunte comme par ses impacts. Une étude montre par exemple un lien de causalité entre l’adoption de lois anti-trans aux États-Unis et la hausse du taux de suicide des jeunes TNB (Lee et al., 2024). Des recherches en cours s’intéressent à la recrudescence de tels discours chez les jeunes personnes au Québec.

Contexte

manager icon Responsables :
Olivier Vallerand
section icon Date : 6 mai 2025

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