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Noémie Lambert : Université de Montréal
Après une transition de genre, certain·e·s jeunes l’interrompent, temporairement ou définitivement. Ce phénomène de détransition est souvent perçu négativement et utilisé pour justifier des restrictions dans les politiques d’affirmation du genre. Cependant, peu d'études s'intéressent au vécu des jeunes ayant détransitionné après une transition sociale uniquement (JDS). Cette présentation explore les expériences de détransition des JDS et leurs ressentis après cette interruption. Nous nous appuyons sur une recherche qualitative internationale, avec des entrevues semi-dirigées menées auprès de 25 jeunes de 16 à 25 ans ayant discontinué une transition. Un sous-échantillon de 8 JDS a été constitué. Concernant leur rapport à soi, certain·e·s JDS continuent de ressentir un inconfort corporel, des doutes identitaires, tandis que d’autres connaissent un sentiment d’épanouissement et une libération. Quant à leurs relations sociales, les JDS font état de soutiens conditionnels ou inconditionnels, mais aussi d’incompréhension de la part de leurs proches. D’autres préfèrent vivre leur détransition en secret. Ces résultats illustrent la diversité des expériences de détransition sociale. Il est essentiel de fournir un soutien psychologique adapté et de renforcer l'éducation sur les détransitions dans la société.
Ces dernières années, un discours critique a émergé sur le genre et les transitions de genre, en particulier pour les jeunes trans et non binaires (TNB). Alimentant une panique morale, plusieurs articles et reportages suggèrent que les jeunes TNB accèdent trop rapidement aux soins médicaux d’affirmation du genre (SMAG). La théorie controversée de la « dysphorie de genre à déclenchement rapide » (ROGD) a aussi gagné en visibilité. Elle suggère que des jeunes filles vulnérables entreprennent une transition de genre sous l’influence d’une « contagion sociale » et d’un mauvais diagnostic de dysphorie de genre, puis le regrettent. Cette théorie, bien que très contestée par les chercheur·ses, est largement médiatisée. Paru en 2024, le rapport Cass, lui aussi très critiqué, remet en question les bénéfices des SMAG et les standards de soins de l’association mondiale des professionnel·les en santé trans.
Dans ce contexte, l’idée de regret est souvent mise de l’avant pour souligner le danger d’effectuer une transition. On voit d’ailleurs une multiplication des narratifs sur la détransition souvent présentée de façon alarmiste comme une erreur à prévenir en restreignant l’accès aux SMAG. Bien que les recherches montrent des parcours de détransition nuancés, les controverses sur l’accès aux SMAG et le risque de regret ont déjà des effets tangibles. D’une part, elles menacent les droits des communautés trans, comme en témoignent les restrictions ou interdictions des SMAG qui se multiplient dans plusieurs pays. D’autre part, les personnes détrans subissent souvent du rejet attribuable à l’instrumentalisation de leurs expériences.
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