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Naomie-Jade Ladry : Université de Montréal
Bien que de nombreux pays aient adopté des lois protégeant les droits des personnes trans et non binaires (TNB), certains ont vu émerger une montée de la droite politique, avec des politiques répressives et des manifestations anti-trans. Au Canada, malgré des progrès législatifs et sociaux, l’accès aux soins d’affirmation de genre (SMAG) varie d’une province à l’autre, créant un climat d’incertitude, car les protections légales ne sont pas toujours garanties. Or, les SMAG, tels que les bloqueurs de puberté et l’hormonothérapie, sont essentiels au bien-être psychologique et physique des jeunes, réduisant la dysphorie de genre et en améliorant leur qualité de vie. Comment le contexte sociopolitique entre 2022 et 2024 influence-t-il ou non le bien-être des jeunes TNB et leur accès aux SMAG? Cette présentation s’inscrit dans le cadre du projet Grandir Trans, une enquête longitudinale internationale sur les SMAG, centrée sur l’évolution des parcours de soins et leur impact sur le bien-être des jeunes TNB canadien·ne·s âgé·e·s de 11 à 17 ans. Les données montrent que l’accès aux SMAG et la transition légale ont amélioré le bien-être général des jeunes, en réduisant la dysphorie de genre. Malgré des reculs dans certaines provinces, les familles restent confiantes quant au soutien disponible, même face aux informations parfois négatives des politicien·ne·s, projets de loi et médias.
Ces dernières années, un discours critique a émergé sur le genre et les transitions de genre, en particulier pour les jeunes trans et non binaires (TNB). Alimentant une panique morale, plusieurs articles et reportages suggèrent que les jeunes TNB accèdent trop rapidement aux soins médicaux d’affirmation du genre (SMAG). La théorie controversée de la « dysphorie de genre à déclenchement rapide » (ROGD) a aussi gagné en visibilité. Elle suggère que des jeunes filles vulnérables entreprennent une transition de genre sous l’influence d’une « contagion sociale » et d’un mauvais diagnostic de dysphorie de genre, puis le regrettent. Cette théorie, bien que très contestée par les chercheur·ses, est largement médiatisée. Paru en 2024, le rapport Cass, lui aussi très critiqué, remet en question les bénéfices des SMAG et les standards de soins de l’association mondiale des professionnel·les en santé trans.
Dans ce contexte, l’idée de regret est souvent mise de l’avant pour souligner le danger d’effectuer une transition. On voit d’ailleurs une multiplication des narratifs sur la détransition souvent présentée de façon alarmiste comme une erreur à prévenir en restreignant l’accès aux SMAG. Bien que les recherches montrent des parcours de détransition nuancés, les controverses sur l’accès aux SMAG et le risque de regret ont déjà des effets tangibles. D’une part, elles menacent les droits des communautés trans, comme en témoignent les restrictions ou interdictions des SMAG qui se multiplient dans plusieurs pays. D’autre part, les personnes détrans subissent souvent du rejet attribuable à l’instrumentalisation de leurs expériences.
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