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« Je préfère être un incel que d’être gay » : comment l’idéologie incel alimente l’homophobie en ligne

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Océane Corbin : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La montée médias sociaux a permis le développement d’une multitude de sous-cultures en ligne, dont les incels (involuntary celibates), mouvement masculiniste qui se caractérise par leur incapacité à trouver une partenaire romantique et/ou sexuelle. En plus de plusieurs tueries commises par des hommes se revendiquant de cette communauté, les incels ont attiré une attention particulière en raison de leurs discours misogynes ainsi que leur vocabulaire et imaginaire toxiques (Pelzer et al, 2021).

Cette communication s’inscrit dans le contexte d’une recherche qui a étudié 1186 publications issus de 60 fils de conversations collectés sur un forum incel en juin 2024, et propose d’explorer plus particulièrement les commentaires qui concernent la communauté LGBTQIA+. En effet, en addition à leur apparente haine des femmes, les incels sont réputés pour leurs discours racistes, homophobes et transphobes (Baele et al., 2023). L’idéologie incel met en avant une certaine représentation de la masculinité qui se définit principalement par un accès sexuel aux femmes : cette masculinité est incarnée par la figure du « chad », un homme qui correspondrait aux critères de beauté hégémoniques masculins et possèderait une puissante virilité. À travers l’analyse de discours réalisée, il est possible de déterminer qu’au sein de ce paradigme, tout ce qui est associé de près ou de loin à la féminité sera systématiquement discrédité, dévalorisé et violemment dénigré.

Résumé du colloque

Le début des années 2020 voit poindre une dégradation du climat social eu égard aux personnes LGBTQ+, et surtout aux personnes trans et non binaires (TNB), ciblées par des assauts législatifs et une polarisation des discours sur leur existence. Des rapports d’associations états-uniennes montrent que les personnes LGBTQ+ en général, et les personnes TNB en particulier, sont ciblées par des initiatives visant à restreindre leurs droits (HRC, 2023). Ces violences sont décuplées par les réseaux sociaux et par l’incapacité des plateformes à réglementer ces discours (GLAAD, 2023).

La désinformation autour de l’existence et des revendications des personnes trans génère une polarisation des opinions du grand public à leur sujet. C’est particulièrement vrai au sujet des droits des personnes trans, qu’on tend à représenter comme des menaces, des gains durement acquis par les mouvements féministes comme de la sécurité et de l’intégrité des enfants, qu’il faudrait « protéger » de leur « influence ». Ainsi, un sondage états-unien révèle que 38 % des adultes estiment que « la société va trop loin pour accommoder les personnes trans », alors qu’une proportion presque égale (36 %) estime qu’elle devrait les accommoder davantage (Pew, 2022).

Le Canada et le Québec n’échappent pas à ces phénomènes. Un sondage canadien montre un déclin significatif et rapide du soutien à des mesures transaffirmatives comme l’accès des mineur·es à des soins d’affirmation de genre (58 % en accord en 2023 vs 48 % en 2024) ou la possibilité d’offrir une option de genre neutre sur les papiers d’identité (49 % en 2023 vs 40 % en 2024) (IPSOS, 2024).

Ce climat social affecte les jeunes, par la rhétorique qu’il emprunte comme par ses impacts. Une étude montre par exemple un lien de causalité entre l’adoption de lois anti-trans aux États-Unis et la hausse du taux de suicide des jeunes TNB (Lee et al., 2024). Des recherches en cours s’intéressent à la recrudescence de tels discours chez les jeunes personnes au Québec.

Contexte

manager icon Responsables :
Olivier Vallerand
section icon Date : 6 mai 2025

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