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Selma Zaiane-Ghalia : Université de Moncton
L’artiste façonne l’œuvre d’art en même temps qu’il est façonné par elle (Magrin-Chagnolleu, 2017). Qu’advient-il lorsqu’on ajoute un partenaire dans ce processus pour une cocréation qui engage la personne artiste en apprentissage (Strat, 2019) dans des rencontres improbables avec des personnes en situation d’handicaps complexes?
Dans l’approche présentée, l’énaction sous-tend l’autonomie de l’activité humaine tout en abordant sa transformation dans le cadre de sa formation, induite par l’environnement et les histoires humaines (Poizat, Salini, & Durand, 2013); (Varaki & Jafarabadi, 2020). L’énaction est partie intégrante de l’approche pédagogique expérientielle en communauté expérimentée avec sept personnes étudiantes d’un cours d’art, les amenant à créer des œuvres en s’inspirant de moments de partages avec douzaine personnes adultes ayant des besoins complexes.
Seront présentés : la méthodologie, les partenariats (iHub d’ECAIT, la Résidence), le déroulement de l’expérience filmée et supportée par des entrevues, des retombées tant pour les personnes étudiantes que sur les personnes résidentes, à travers des témoignages. De même que les réactions d’autres personnes étudiantes à la suite de l’exposition temporaire d’œuvres dans la galerie d’art étudiante, comprenant les sept œuvres cocréées, ainsi que des œuvres de deux personnes résidentes ayant des besoins spéciaux, suscitant d’autres interactions et amenant à la connaissance incarnée ou embodiment (Bottineau, 2011).
Alors que de nombreux événements reviennent sur l’héritage de Francisco J. Varela et célèbrent la vitalité de l’énaction dans une diversité de domaines de recherches scientifiques, le colloque veut ouvrir un espace de réflexion sur ses enjeux épistémologiques, théoriques, méthodologiques et pratiques pour les recherches en arts et/ou en éducation.
Depuis la formulation initiale de l’énaction par Varela (Thompson et Rosch dans l’ouvrage The Embodied Mind, 1993), s’est constitué un modèle de pensée selon lequel la cognition est incarnée. En prenant ses racines dans des philosophies et des courants scientifiques qui s’opposent au rationalisme, l’énaction met l’action plutôt que la raison au cœur de la cognition, non pas superficiellement, mais en la subordonnant à l’action. Selon ces penseurs de l’énaction, la cognition dépend de l’expérience, qui découle du fait d’avoir un corps doté de diverses capacités sensori-motrices; la perception et l’action sont inséparables de la cognition vécue (Varela et coll., 1993). Les conséquences de cette hypothèse sont nombreuses, notamment celles qui orientent les recherches. Dès lors que la connaissance émerge de l’interaction entre la subjectivité du chercheur et son objet de recherche, cette voie moyenne (Varela, 2017) remet en cause le caractère objectif et neutre du savoir scientifique en montrant l’importance de l’action du chercheur·se et sa subjectivité dans sa production (Dorlin, 2008; Santos, 2014). Puisque l’expérience et la connaissance sont indissociables et interreliées, quelles alternatives théoriques, méthodologiques et pratiques pour celui ou celle qui, en arts et en éducation, adopte une posture épistémologique énactive?
Les démarches de recherche en arts et en éducation qui se réfèrent à une épistémologie énactive réhabilitent la scientificité des savoirs d’expérience (Argyris et Schön, 2002; Senge et coll., 2000; Theureau, 2015; Masciotra, 2011), ce qui ouvre la voie à des perspectives méthodologiques alternatives. Ces savoirs d’expérience — savoirs du corps, savoirs situés, savoirs incarnés — qui émergent de la pratique (éducative ou artistique) sont subordonnés à la spécificité de leurs narrations (Breton, 2020). Ce qui fait écho chez les penseurs de la microphénoménologie (Vermersch, 2007; 2019; Depraz, 2014; Petitmengin et coll., 2015), qui ont mis au point une méthode fine et rigoureuse de description de l’expérience vécue — des pratiques narratives dont l’écriture intervient comme « praxis d’analyse » (Paillé et Mucchielli, 2003). De là, nous voyons apparaître des modes d’écriture créative et performative (Paquin, 2019) qui énactent les savoirs, tout en écrivant (Morais, 2024).
Axes de réflexion : 1) Les enjeux d’une épistémologie énactive dans les recherches en arts et en éducation; 2) Les méthodologies alternatives et méthodes qui découlent d’une épistémologie énactive; et 3) Les potentialités d’une épistémologie énactive dans l’enseignement des arts et par les arts.
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