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Don Durvil Youyou : Université de Montréal
La recherche qualitative collaborative repose sur l’idée que les personnes concernées participent activement à la production des savoirs, vision tirée de Schön (1983, 1994), qui affirme que les acteurs sociaux exercent un contrôle réflexif sur leurs actions. Cette approche éthique consiste à mener des recherches « avec » les participant·es, et non « sur » eux. Toutefois, elle soulève des enjeux éthiques et épistémologiques, notamment l’intersubjectivité dans la coproduction du savoir, chaque acteur·trice influençant la collecte et l’interprétation des données par ses vécus et valeurs. Cela nécessite une vigilance constante quant à l’impact de ces subjectivités sur les résultats (Paillé et Mucchielli, 2016). Un défi majeur est que les résultats peuvent amener à poser un regard critique sur les pratiques des acteur·trices de terrain, générant parfois des tensions. Cette communication explore comment ces tensions se manifestent dans une recherche collaborative sur la supervision d'enseignant·es formé·es à l'étranger par des directions d’écoles québécoises en stage probatoire. Ces enseignants·es, parfois sous pression pour s’aligner sur les attentes du système scolaire, y voient une dévalorisation de leur formation et leur bagage expérientiel antérieur. La co-analyse des incidents critiques (Leclerc et al., 2010) est proposée comme une stratégie pour favoriser le développement professionnel des acteur·trices et atténuer les enjeux éthiques et épistémologiques.
La recherche qualitative est née au début du siècle dernier d’une volonté de pallier les études statistiques insensibles aux réalités multiples et singulières des acteur·trices de terrain et à leur incapacité à expliquer leurs expériences enchevêtrées. Les premiers travaux en anthropologie et en sociologie ont pavé la voie en jetant les bases d’une façon de faire la recherche au plus près des terrains d’enquête (Morrissette et Demazière, 2019). Dans les années 1980, différentes influences ont conduit à un nouveau type de rapprochement, notamment l’appel de Lieberman (1986) invitant à changer la manière de considérer la relation aux participant·es recruté·es pour les recherches : working with, not working on… Dans cette foulée, l’épistémologie de Schön a soutenu de nouveaux rapports entre recherche et pratique avec la parution de son ouvrage Le praticien réflexif (1983), qui a exercé une influence dans différents champs disciplinaires. La « nouvelle épistémologie de la pratique » (Schön, 2011) proposée s’est inscrite en rupture avec le paradigme de la rationalité technique selon laquelle les réponses aux problèmes professionnels se trouvent dans les savoirs issus de la recherche. Avec d’autres propositions, dont le modèle d’« acteur compétent » proposé par Giddens (1987), plusieurs chercheur·ses ont revu leurs pratiques cloisonnées et les ont ouvertes à la collaboration, acceptant le partage du pouvoir entre les acteur·trices d’une communauté. Les recherches collaboratives accordent aux divers acteur·trices le statut de « coconstructeur·trices du savoir » dans les différentes phases emboîtées d’une investigation conjointe (Bednarz, 2013; Desgagné et al., 2001). Mais qu’en est-il de leur implication concrète dans le processus d’analyse de l’objet de préoccupation mutuelle?
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