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Daniel Nunes : Université d'Ottawa
Dans ma présentation, je souhaiterais remettre en question l'interprétation que les utopies classiques n'ont pas d'histoire (en termes de bouleversement fondamental de l’ordre établi) et suggérer qu’il existe bien une forme d ’historicité dans les utopies classiques. La conception hégélienne de l’histoire est intimement liée à l’idée de progrès, et il serait donc difficile d’identifier une utopie qui s’y conforme entièrement, bien que La Nouvelle Atlantide de Bacon en présente certains éléments. Plutôt que d’aborder les utopies en termes d’histoire et de progrès, je proposerai d’adopter une perspective fondée sur la perfectibilité de la société ou des individus.
Les utopies après le progrès se caractérisent par l’idée que l’avenir est ouvert à la possibilité d’une perfection. En revanche, les utopies classiques sont marquées par une perfection originelle ou archaïque. Étant parfaites dès leur fondation, le seul mouvement possible de l’histoire est alors celui du déclin – une conception effectivement dominante chez les Anciens et au Moyen ge. L’histoire, dans les utopies classiques, n’est donc pas un mouvement de progression, mais un travail constant de préservation du statu quo existant. Cette préservation ne repose pas sur des technocrates, mais sur la politique. Dans ce cadre, j’examinerai certains textes classiques afin d’analyser les modalités d’organisation de leurs régimes et d’explorer cette conception particulière de l’historicité utopique.
Nous assistons depuis quelque temps à un renouveau d’intérêt pour les catégories de nostalgie et d’utopie. Or, la brèche entre le savoir érudit sur cette thématique et son usage au quotidien dans des discours médiatiques est immense. L’histoire conceptuelle de ces deux termes demeure largement inconnue au-delà des réseaux de recherche spécialisés, « nostalgie » et « utopie » n’étant fréquemment compris qu’en tant que mots élémentaires et péjoratifs mobilisés pour écarter les inquiétudes de celles et ceux qui se montrent « mésadaptés » à un présent qui est toujours à certains égards insatisfaisant mais auquel nous sommes censés consentir afin d’être « réalistes ».
L’architecture temporelle de la démocratie libérale se révèle ainsi l’expression par excellence de ce que l’historien français François Hartog avait désigné comme « présentisme » dans son ouvrage marquant Régimes d’historicité (Seuil, 2003), soit un ordre social du temps qui survalorise le présent au lieu de tenir compte de la valeur « nostalgique » du passé ou de celle « utopique » de l’avenir, et, ce faisant, ignore les potentialités politiques propres à ces deux catégories.
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