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Le pouvoir dans la culture académique : vecteur de désolidarisation et de bullying ?

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Stéphanie Demers : UQO - Université du Québec en Outaouais

Résumé de la communication

L’intimidation (le bullying) en milieu de travail intéresse les chercheur·euses depuis la fin des années 1980, mais peu d’entre eux ont porté attention à leur propre milieu de travail comme contexte potentiellement propice à ce phénomène. Pourtant, les caractéristiques des structures universitaires (dont la collégialité décisionnelle, l’évaluation par les pairs, la promotion, la concurrence pour le financement de la recherche, la diversité des paradigmes théoriques, par exemple) reposent sur des relations interpersonnelles potentiellement empreintes d’asymétries et de jeux de pouvoirs (Keashly et Neuman, 2010). Or, l’hégémonie néolibérale conditionne des attentes et conventions relatives à la production scientifique, les inscrit dans la verticalité des rapports de pouvoir au sein de l’université. Les injonctions systémiques à l’accélération et à l’avancement individuel, tendent ainsi à alimenter une atomisation croissante du chercheur, de la chercheuse devenu·e « entrepreneur·e de soi-même » aux dépens des valeurs collaboratives qui forment les communautés scientifiques (Lemon et Barnes, 2021; Zawadzki et Jensen, 2020). Cette communication vise à explorer la dynamique entre la culture académique, ses conventions formelles et informelles et les rapports de pouvoir qui en découlent et contribuent au phénomène du bullying académique.

Résumé du colloque

L’intimidation dans le milieu universitaire est un sujet qui suscite de plus en plus d’attention, en raison notamment de ses impacts sur la qualité du climat d’enseignement-apprentissage (p. ex., Fraguas et al., 2021; Jadambaa et al., 2021). Jusqu’alors, les travaux se sont principalement penchés sur les gestes d’intimidation entre étudiant·es. On en sait beaucoup moins sur ces gestes perpétrés par des professeur·es d’université à l’endroit de leurs propres collègues (Meriläinen et al., 2016).

Les recherches menées dans d’autres contextes professionnels indiquent que les personnes qui subissent de l’intimidation au travail peuvent en venir à se dévaloriser et afficher des problèmes de performance (p. ex., stress important, perte d’estime personnelle; Vartia, 2011) sans compter qu’elles peuvent développer de sérieux problèmes de santé mentale (p. ex., détresse psychologique importante, dépression, anxiété; Bailey et al., 2015; Bonde et al., 2016; Laschinger et Fida, 2014; Liang, 2019). Dans les cas les plus graves, les gestes d’intimidation peuvent mener à des idées et à des comportements suicidaires (Nielsen et al., 2016).

L’on croit dans le milieu que l’intimidation entre professeur·es serait un phénomène commun, mais que les gestes reprochables seraient rarement dénoncés, notamment en raison de craintes de représailles (Gianakos et al., 2022). Cette intimidation qui nous intéresse désigne des comportements abusifs ou irrespectueux qui sont posés par un·e professeur·e et qui cible une collègue professeur·e. Ces gestes sont souvent posés au sein d’une relation asymétrique, où la personne intimidatrice jouit d’un statut de séniorité ou est en position d’autorité. À titre de professeur·es œuvrant en milieu universitaire et dans divers domaines, nous croyons qu’il relève de notre responsabilité de mettre en lumière la fréquence et la nature de cette pratique problématique.

Contexte

section icon Date : 6 mai 2025

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