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L’émergence d’un cadre d’analyse énactif dans une recherche-co-création: l’intersubjectivité comme objet et fondement méthodologique

AG

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Audrey Guimond : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi

Résumé de la communication

La création artistique appelle à des dimensions cognitives, contextuelles, corporelles, émotionnelles (Guimond, 2022; Lemonchois, 2018; Massin, 2013; Morais, 2016; Morizot, 2005; Paillé, 2004), et où la personne en création vit une expérience d’interrelation avec elle, les autres, le monde et l'œuvre (Dewey, 2014/1934; Trocmé-Fabre; 1994; Varela et al., 1993). La co-création en collectif contient également des espaces communs, des corps partagés et des processus de négociation, qui lui sont spécifiques, et qui la distinguent de la création individuelle de par l’intersubjectivité au centre de la création. Dans une recherche-co-création menée par le collectif Les Audrey, où l’intention de recherche est de comprendre comment l’intersubjectivité émerge dans le processus de co-création en collectif; il apparaît nécessaire d’enraciner la méthodologie dans son objet d’étude, soit avec sa dimension corporelle, plurielle et dialogique (Varela et al., 1993; Barad, 2007; Lapointe, 2023). Cette communication fera état d’une réflexion sur l’ancrage de la recherche-co-création dans le paradigme de l’énaction (Varela et al., 1993; Varela, 2017) et ses ouvertures quant aux possibilités méthodologiques et d’analyse. Nous présenterons donc des données préliminaires, soit des artéfacts de création, des enregistrements de travail en atelier, des traces discursives, afin d’exposer les potentiels et la cohérence de notre cadre d’analyse énactif ayant émergé de cette recherche-co-création.

Résumé du colloque

Alors que de nombreux événements reviennent sur l’héritage de Francisco J. Varela et célèbrent la vitalité de l’énaction dans une diversité de domaines de recherches scientifiques, le colloque veut ouvrir un espace de réflexion sur ses enjeux épistémologiques, théoriques, méthodologiques et pratiques pour les recherches en arts et/ou en éducation.

Depuis la formulation initiale de l’énaction par Varela (Thompson et Rosch dans l’ouvrage The Embodied Mind, 1993), s’est constitué un modèle de pensée selon lequel la cognition est incarnée. En prenant ses racines dans des philosophies et des courants scientifiques qui s’opposent au rationalisme, l’énaction met l’action plutôt que la raison au cœur de la cognition, non pas superficiellement, mais en la subordonnant à l’action. Selon ces penseurs de l’énaction, la cognition dépend de l’expérience, qui découle du fait d’avoir un corps doté de diverses capacités sensori-motrices; la perception et l’action sont inséparables de la cognition vécue (Varela et coll., 1993). Les conséquences de cette hypothèse sont nombreuses, notamment celles qui orientent les recherches. Dès lors que la connaissance émerge de l’interaction entre la subjectivité du chercheur et son objet de recherche, cette voie moyenne (Varela, 2017) remet en cause le caractère objectif et neutre du savoir scientifique en montrant l’importance de l’action du chercheur·se et sa subjectivité dans sa production (Dorlin, 2008; Santos, 2014). Puisque l’expérience et la connaissance sont indissociables et interreliées, quelles alternatives théoriques, méthodologiques et pratiques pour celui ou celle qui, en arts et en éducation, adopte une posture épistémologique énactive?

Les démarches de recherche en arts et en éducation qui se réfèrent à une épistémologie énactive réhabilitent la scientificité des savoirs d’expérience (Argyris et Schön, 2002; Senge et coll., 2000; Theureau, 2015; Masciotra, 2011), ce qui ouvre la voie à des perspectives méthodologiques alternatives. Ces savoirs d’expérience — savoirs du corps, savoirs situés, savoirs incarnés — qui émergent de la pratique (éducative ou artistique) sont subordonnés à la spécificité de leurs narrations (Breton, 2020). Ce qui fait écho chez les penseurs de la microphénoménologie (Vermersch, 2007; 2019; Depraz, 2014; Petitmengin et coll., 2015), qui ont mis au point une méthode fine et rigoureuse de description de l’expérience vécue — des pratiques narratives dont l’écriture intervient comme « praxis d’analyse » (Paillé et Mucchielli, 2003). De là, nous voyons apparaître des modes d’écriture créative et performative (Paquin, 2019) qui énactent les savoirs, tout en écrivant (Morais, 2024).

Axes de réflexion : 1) Les enjeux d’une épistémologie énactive dans les recherches en arts et en éducation; 2) Les méthodologies alternatives et méthodes qui découlent d’une épistémologie énactive; et 3) Les potentialités d’une épistémologie énactive dans l’enseignement des arts et par les arts.

Contexte

section icon Date : 6 mai 2025

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