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L'énactance et la logique du vivant : Hommage à Hélène Trocmé-Fabre

JA

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Joëlle Aden : Université Paris-Et Créteil Val-de-Marne

Résumé de la communication

La même année, en 1987, paraissaient deux ouvrages marquant un tournant épistémologique pour les sciences cognitives. L’un en France : J'apprends, donc je suis. Introduction à la neuropédagogie d’Hélène Trocmé-Fabre et l’autre aux Etats-Unis : The Tree of Knowledge; Biological Roots of Human Understanding (L’arbre de la connaissance. Les racines biologiques de la compréhension humaine) par Humberto Maturana et Francsico Varela. Cette synchronie et les résonances entre la pensée de Varela et celle de Trocmé-Fabre s’inscrivaient alors à la croisée de champs disciplinaires complémentaires en plein essor (quantique, biologique, numérique) transformant radicalement notre regard sur « le réel » (Trocmé-Fabre, 2014). Suite à leur rencontre que nous évoquerons, Trocmé-Fabre a élaboré un référentiel cognitif du vivant L’arbre du savoir-apprendre (1996, 2003, 2022) qui nous permet de relier la notion d’apprenance qu’elle avait forgée avec celle d’énaction (Varela) sous la forme du néologisme « énactance ». Quels sont aujourd’hui les prolongements que ces voies/voix croisées ont insufflé au monde de l’éducation et de la formation ? Nous évoquerons l’émergence de quelques idées-forces communes au sein d’une matrice transdisciplinaire en pleine effervescence et nous nous interrogerons notamment sur les développements actuels liés à une esthétique de la rencontre des arts et des sciences.

Résumé du colloque

Alors que de nombreux événements reviennent sur l’héritage de Francisco J. Varela et célèbrent la vitalité de l’énaction dans une diversité de domaines de recherches scientifiques, le colloque veut ouvrir un espace de réflexion sur ses enjeux épistémologiques, théoriques, méthodologiques et pratiques pour les recherches en arts et/ou en éducation.

Depuis la formulation initiale de l’énaction par Varela (Thompson et Rosch dans l’ouvrage The Embodied Mind, 1993), s’est constitué un modèle de pensée selon lequel la cognition est incarnée. En prenant ses racines dans des philosophies et des courants scientifiques qui s’opposent au rationalisme, l’énaction met l’action plutôt que la raison au cœur de la cognition, non pas superficiellement, mais en la subordonnant à l’action. Selon ces penseurs de l’énaction, la cognition dépend de l’expérience, qui découle du fait d’avoir un corps doté de diverses capacités sensori-motrices; la perception et l’action sont inséparables de la cognition vécue (Varela et coll., 1993). Les conséquences de cette hypothèse sont nombreuses, notamment celles qui orientent les recherches. Dès lors que la connaissance émerge de l’interaction entre la subjectivité du chercheur et son objet de recherche, cette voie moyenne (Varela, 2017) remet en cause le caractère objectif et neutre du savoir scientifique en montrant l’importance de l’action du chercheur·se et sa subjectivité dans sa production (Dorlin, 2008; Santos, 2014). Puisque l’expérience et la connaissance sont indissociables et interreliées, quelles alternatives théoriques, méthodologiques et pratiques pour celui ou celle qui, en arts et en éducation, adopte une posture épistémologique énactive?

Les démarches de recherche en arts et en éducation qui se réfèrent à une épistémologie énactive réhabilitent la scientificité des savoirs d’expérience (Argyris et Schön, 2002; Senge et coll., 2000; Theureau, 2015; Masciotra, 2011), ce qui ouvre la voie à des perspectives méthodologiques alternatives. Ces savoirs d’expérience — savoirs du corps, savoirs situés, savoirs incarnés — qui émergent de la pratique (éducative ou artistique) sont subordonnés à la spécificité de leurs narrations (Breton, 2020). Ce qui fait écho chez les penseurs de la microphénoménologie (Vermersch, 2007; 2019; Depraz, 2014; Petitmengin et coll., 2015), qui ont mis au point une méthode fine et rigoureuse de description de l’expérience vécue — des pratiques narratives dont l’écriture intervient comme « praxis d’analyse » (Paillé et Mucchielli, 2003). De là, nous voyons apparaître des modes d’écriture créative et performative (Paquin, 2019) qui énactent les savoirs, tout en écrivant (Morais, 2024).

Axes de réflexion : 1) Les enjeux d’une épistémologie énactive dans les recherches en arts et en éducation; 2) Les méthodologies alternatives et méthodes qui découlent d’une épistémologie énactive; et 3) Les potentialités d’une épistémologie énactive dans l’enseignement des arts et par les arts.

Contexte

section icon Date : 6 mai 2025

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