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Les enjeux de la traduction journalistique effectuée à l’aide de l’intelligence artificielle : une approche lexicométrique

JG

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Julie Alice Gramaccia : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Plus les logiciels de traduction basés sur l’IA se développent, plus les journalistes les mobilisent dans l’exercice de leur métier. Or, leur utilisation de ces logiciels reste peu explorée. Notre communication se propose d’aborder cette lacune. Dans un premier temps, nous avons procédé à une revue systématique bilingue de la littérature portant sur l’usage de l’IA dans le journalisme. Dans un second temps, nous avons élaboré une méthode de fouille de textes adaptée à l’analyse de corpus parallèles d’articles traduits. Deux défis se posent. Les chercheurs en traductologie comparent habituellement des corpus de textes traduits et non traduits dans une même langue pour identifier leurs différences. Or, les études comparant des textes originaux et traduits sont rares, surtout en journalisme. En outre, en lexicométrie, les outils de mesure des distances entre textes se limitent généralement aux corpus monolingues.. Nous proposons donc une approche qui consiste à établir une liste de substitution permettant de comparer des corpus en anglais et français et à mesurer le taux de chevauchement (l’indice Jaccard) et la distance euclidienne entre des textes vectorisés. Nous appliquons cette approche à deux corpus parallèles composés de 400 articles publiés sur la plateforme SwissInfo en anglais et français et traduits à l’aide du logiciel DeepL, qui se sert de l’IA générative.

Résumé du colloque

Le grand public, tout comme les professionnel·les de nombreuses disciplines, ont aujourd’hui de plus en plus accès à des dispositifs numériques promettant de communiquer de manière « autonome », « intelligente » ou « générative ». Ces derniers, en recourant à des processus algorithmiques et utilisant dans la plupart des cas l’apprentissage automatique (machine learning) sur base de grands ensembles de données (textes, images, audios ou vidéos), sont annoncés par les industriels comme étant dotés de capacités révolutionnaires, susceptibles d’avoir des effets massifs sur l’environnement informationnel et médiatique contemporain. Ces dispositifs et leurs effets sont aujourd’hui une question clé débattue dans l’espace public, bien qu’il semble parfois difficile de sortir des discours simplistes, exagérément enthousiastes ou, à l’inverse, alarmistes. La rhétorique de la « disruption » mise en place par leurs concepteurs ainsi que la haute technicité de ces artéfacts compliquent le développement d’un regard distancié, réflexif, voire critique à leur égard. Ce colloque souhaite contribuer à cette entreprise critique en interrogeant la dimension médiatique de ces innovations.

Anderson et Meyer (1988) définissent un média comme une « activité humaine distincte qui organise la réalité en textes lisibles en vue de l’action ». Plus qu’un simple support sémiotique, un média est également une performance interprétative dont la réussite est concomitante à l’environnement social dans lequel elle s’intègre. Les systèmes de recommandations et, plus récemment, les agents conversationnels sont des exemples parmi d’autres d’automates organisant des systèmes symboliques. L’intervention humaine, loin d’être supprimée, est alors délocalisée autour de ces dispositifs, dans des tâches de configuration, pilotage ou maintenance de flux informationnels. Est-ce que l’automatisation de cette organisation du réel est toutefois productrice de « textes lisibles » (au sens d’Anderson et Meyer)? Quelles formes d’actions sociales pourraient alors être soutenues par ces textes? Peut-on, dès lors, parler de « médias automatisés »? En retour, quelles sont les conséquences pour notre compréhension de ce qu’est un média ? L’ambition de ce colloque est de réunir des personnes intéressées à contribuer à ce questionnement, en partageant leurs réflexions théoriques ou méthodologiques, ou leurs résultats de recherche. Il vise à la mise en commun d’expertises complémentaires pour aborder la question de l’influence des systèmes artificiels intelligents (Andler, 2023) et des processus qui les sous-tendent (algorithmes, machine learning, big data, etc.). L’objectif est par la mise en commun des expertises de contribuer à la construction d’une analyse critique des questions informationnelles, communicationnelles et médiatiques posées par ces innovations.

Contexte

section icon Date : 6 mai 2025

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