Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Audrey Bujold : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les grossesses et accouchements non assistés (GANA), c’est-à-dire n’impliquant ni médecin ni sage-femme, constituent une forme de résistance radicale face à un système de santé perçu comme étant normatif et oppressif. À partir d’une analyse qualitative d'entretiens individuels menés auprès de 23 participantes québécoises ayant vécu des GANA, nous explorerons les motivations profondes de ces choix, souvent marqués par des expériences de violences obstétricales ou de négociations infructueuses face à un système perçu comme institutionnalisé et réductionniste. En revenant sur les arguments culturels et personnels qui sous-tendent ces choix, nous mettrons en lumière la diversité des pratiques de soin (p. ex. herboristerie, doula) et de bien-être (méditation, interventions basées sur la nature) des femmes concernées qui se tournent vers ces solutions, souvent perçues comme plus respectueuses de leur autonomie, de leur corps et de leurs croyances. En abordant les tensions entre l’approche biomédicale de la naissance et les GANA, nous interrogerons aussi la manière dont ces choix peuvent être perçus non seulement comme un acte de résistance à la médicalisation, mais aussi comme une forme de décolonisation de la maternité. Cette décolonisation s’opère par la revendication d'une autonomie corporelle et d’une reconnaissance de savoirs ancestraux ou alternatifs qui déjouent les logiques de rationalisation qui régissent la discipline obstétricale.
Face aux approches biomédicales standardisées, culturellement réductrices et imposées de manière verticale qui prédominent dans les systèmes de santé publique, un nombre croissant de voix critiques appellent à la décolonisation des politiques de santé publique qui ont historiquement marginalisé les pratiques alternatives en matière de santé et de bien-être des populations (Cevallos et Amores, 2009; Deloach et Swaroop, 2014; Kirmayer et al., 2014; Greenwood, 2018; Affun-Adegbulu et Adegbulu, 2020; Abadia-Barrero, 2023; Pemunta et Tabenyang, 2023; Ridde et al., 2023; Ssennyonjo et al., 2023). En réponse à ces critiques, l’adaptation des systèmes de santé aux attentes et aux besoins particuliers de populations diversifiées sur le plan culturel, social et religieux est récemment devenue un enjeu prioritaire dans le champ de la santé globale (Organisation mondiale de la santé, 2014, 2021, 2024).
Ce colloque offre l’occasion de discuter des controverses, des défis, des obstacles et des opportunités liés à l’élaboration et à la mise en œuvre de programmes de santé publique inclusifs, respectueux de la diversité des besoins, des conceptions et des pratiques relatifs à la santé et au bien-être. Il sera également l’occasion de reconnaître et de mettre en lumière les savoirs des populations et des personnes praticiennes de la guérison non biomédicale sur ce que devraient constituer des interventions et des politiques de santé publique prioritaires, culturellement sécuritaires et inclusives. Les personnes participantes sont invitées à explorer ces thématiques à partir d’études de cas qualitatives ou mixtes, centrées sur des contextes socioculturels, religieux et/ou sociopolitiques particuliers.
Titre du colloque :
Thème du colloque :