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Aurélie Giovine : Université catholique de Louvain
Héritées des traditions chamaniques, les pratiques de transe émergent aujourd’hui sur la scène du bien-être dans nos sociétés occidentales contemporaines et se présentent comme une réponse aux limites de la biomédecine et des approches thérapeutiques classiques.
Sur base d’une ethnographie menée auprès de collectifs de « transeurs », cette communication analyse d’abord la manière dont ces pratiques corporelles ont été modelées pour répondre aux besoins de la société contemporaine. Un focus est fait sur les critiques émises par les transeurs envers le modèle de soin conventionnel.
Si ces pratiques visent l’autonomie de la personne, elles nécessitent d’abord un apprentissage au sein de collectifs. Cette présentation explore également la manière dont le groupe façonne et présente les transes, à travers l’instauration d’un dispositif normatif mais également d’un système étiologique. Cette réflexion s'étend sur les stratégies d’institutionnalisation de ces collectifs et la manière dont elles tentent de s’insérer dans le champ de la santé public.
Enfin, l’intérêt croissant des neurosciences pour les transes est abordé, à travers la mise en place de protocoles pour en tester les effets cliniques. Il s’agit d’analyser comment l’utilisation de ces recherches participent à « dépathologiser » ces pratiques en présentant l’état de transe comme une « capacité naturelle » mais aussi en quoi les neurosciences constituent des leviers de validation et de légitimation auprès de ces collectifs.
Face aux approches biomédicales standardisées, culturellement réductrices et imposées de manière verticale qui prédominent dans les systèmes de santé publique, un nombre croissant de voix critiques appellent à la décolonisation des politiques de santé publique qui ont historiquement marginalisé les pratiques alternatives en matière de santé et de bien-être des populations (Cevallos et Amores, 2009; Deloach et Swaroop, 2014; Kirmayer et al., 2014; Greenwood, 2018; Affun-Adegbulu et Adegbulu, 2020; Abadia-Barrero, 2023; Pemunta et Tabenyang, 2023; Ridde et al., 2023; Ssennyonjo et al., 2023). En réponse à ces critiques, l’adaptation des systèmes de santé aux attentes et aux besoins particuliers de populations diversifiées sur le plan culturel, social et religieux est récemment devenue un enjeu prioritaire dans le champ de la santé globale (Organisation mondiale de la santé, 2014, 2021, 2024).
Ce colloque offre l’occasion de discuter des controverses, des défis, des obstacles et des opportunités liés à l’élaboration et à la mise en œuvre de programmes de santé publique inclusifs, respectueux de la diversité des besoins, des conceptions et des pratiques relatifs à la santé et au bien-être. Il sera également l’occasion de reconnaître et de mettre en lumière les savoirs des populations et des personnes praticiennes de la guérison non biomédicale sur ce que devraient constituer des interventions et des politiques de santé publique prioritaires, culturellement sécuritaires et inclusives. Les personnes participantes sont invitées à explorer ces thématiques à partir d’études de cas qualitatives ou mixtes, centrées sur des contextes socioculturels, religieux et/ou sociopolitiques particuliers.
Titre du colloque :