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Caroline Robbeets : Université catholique de Louvain
Dans le contexte des médias automatisés, interroger le rôle des interfaces est essentiel. Composées de petites formes standardisées (Souchier, 2019), les interfaces naturalisent la collecte de données et du consentement des utilisateurs. C’est le cas sur les réseaux sociaux, où elles structurent l’expérience pour alimenter les algorithmes de « l’économie de l’attention », à travers des automatismes comme le scroll infini ou le like, qui prolongent la navigation et favorisent la production de données.
Cependant, les interfaces ne se limitent pas à façonner l’utilisation : ce sont aussi des espaces de manipulation et d’opération, permettant aux utilisateurs d’agir sur le contenu, les données récoltées et l’algorithme. Cette double dynamique – ce que l’interface fait à l’utilisateur et inversement – invite à un questionnement critique sur leur rôle en tant que structure affordante où le pouvoir se négocie (Davis, 2020) et en tant qu’architexte (Souchier, 2019).
Cette contribution s’appuie sur une recherche en éducation critique aux interfaces des réseaux sociaux. Conçue sans focalisation explicite sur l’automatisation, l’activité pédagogique développée révèle toutefois des pistes pour intégrer ces enjeux d’interfaces dans l’éducation aux médias (automatisés).
Davis, J. L. (2020). How Artifacts Afford: The Power and Politics of Everyday Things. MIT Press.
Souchier, E., Candel, É., & Gomez-Mejia, G. (2019). Le numérique comme écriture. Théories et méthodes d’analyse. Armand Colin.
Le grand public, tout comme les professionnel·les de nombreuses disciplines, ont aujourd’hui de plus en plus accès à des dispositifs numériques promettant de communiquer de manière « autonome », « intelligente » ou « générative ». Ces derniers, en recourant à des processus algorithmiques et utilisant dans la plupart des cas l’apprentissage automatique (machine learning) sur base de grands ensembles de données (textes, images, audios ou vidéos), sont annoncés par les industriels comme étant dotés de capacités révolutionnaires, susceptibles d’avoir des effets massifs sur l’environnement informationnel et médiatique contemporain. Ces dispositifs et leurs effets sont aujourd’hui une question clé débattue dans l’espace public, bien qu’il semble parfois difficile de sortir des discours simplistes, exagérément enthousiastes ou, à l’inverse, alarmistes. La rhétorique de la « disruption » mise en place par leurs concepteurs ainsi que la haute technicité de ces artéfacts compliquent le développement d’un regard distancié, réflexif, voire critique à leur égard. Ce colloque souhaite contribuer à cette entreprise critique en interrogeant la dimension médiatique de ces innovations.
Anderson et Meyer (1988) définissent un média comme une « activité humaine distincte qui organise la réalité en textes lisibles en vue de l’action ». Plus qu’un simple support sémiotique, un média est également une performance interprétative dont la réussite est concomitante à l’environnement social dans lequel elle s’intègre. Les systèmes de recommandations et, plus récemment, les agents conversationnels sont des exemples parmi d’autres d’automates organisant des systèmes symboliques. L’intervention humaine, loin d’être supprimée, est alors délocalisée autour de ces dispositifs, dans des tâches de configuration, pilotage ou maintenance de flux informationnels. Est-ce que l’automatisation de cette organisation du réel est toutefois productrice de « textes lisibles » (au sens d’Anderson et Meyer)? Quelles formes d’actions sociales pourraient alors être soutenues par ces textes? Peut-on, dès lors, parler de « médias automatisés »? En retour, quelles sont les conséquences pour notre compréhension de ce qu’est un média ? L’ambition de ce colloque est de réunir des personnes intéressées à contribuer à ce questionnement, en partageant leurs réflexions théoriques ou méthodologiques, ou leurs résultats de recherche. Il vise à la mise en commun d’expertises complémentaires pour aborder la question de l’influence des systèmes artificiels intelligents (Andler, 2023) et des processus qui les sous-tendent (algorithmes, machine learning, big data, etc.). L’objectif est par la mise en commun des expertises de contribuer à la construction d’une analyse critique des questions informationnelles, communicationnelles et médiatiques posées par ces innovations.
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