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Skander Ben Abdallah : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’Analyse Avantage-Coût (AAC) est un outil essentiel pour évaluer la rentabilité socio-économique des projets publics, en particulier lors de la phase de développement. Elle permet de comparer les coûts et les bénéfices globaux d’un projet en intégrant les dimensions économiques, sociales et environnementales. Toutefois, elle fait l’objet de plusieurs critiques, notamment la difficulté de quantifier certains impacts non financiers et les biais politiques susceptibles d’influencer son application.
Dans ce chapitre, j’argumente que, bien que l’AAC ne soit pas infaillible, elle demeure un cadre analytique structurant qui favorise des décisions plus rationnelles et éclairées, en intégrant des critères économiques tout en tenant compte des enjeux sociopolitiques et environnementaux. Elle constitue également un levier favorisant la participation citoyenne au processus décisionnel et, par conséquent, l’exercice de la démocratie.
Un exemple concret est le projet du troisième lien entre Québec et Lévis, où l’absence d’une AAC rigoureuse a entraîné des changements fréquents dans le tracé et le mode de transport envisagé, ainsi qu’un doute important quant à la rentabilité du projet pour la société québécoise. Pourtant, en novembre 2024, le gouvernement a pris la décision de s’engager de manière irréversible dans sa mise en œuvre. Ce cas illustre l’importance d’une évaluation transparente et rigoureuse pour éviter des investissements inefficaces et mieux orienter les choix publics.
La plupart des recherches sur développement des projets d’infrastructures publiques s’intéressent surtout aux étapes de planification détaillée et de réalisation, mais beaucoup moins à leur genèse et aux étapes initiales de leur élaboration. Or, cette phase revêt une importance cruciale puisqu’elle permet de structurer les grandes lignes, contours, contraintes, opportunités et impacts des projets (Williams et al., 2019).
Par exemple, la Directive sur la gestion des projets majeurs au Québec souligne que l'étape d'avant-projet doit culminer en la rédaction d'une fiche présentant la description sommaire du besoin, les solutions envisagées, l’estimation préliminaire des coûts et des échéanciers et la stratégie de financement. Ces éléments découlent nécessairement des études de faisabilité et d'avant-projet, ce qui souligne à grands traits l’importance cruciale de ces dernières dans le développement des projets d’infrastructures.
Si, d'un point de vue normatif, ces études devraient servir à alimenter le processus de prise de décision en connaissances objectives, elles sont néanmoins très sensibles à l'instrumentalisation politique (Halpern, Lascoumes et Le Galès, 2014) du fait de leur capacité à orienter la forme que prendront les projets ainsi que le discours – les project narratives (Sergeeva & Ninan (2023) – les justifiant.
Ainsi, le colloque proposé cherche à analyser les différents types d'études de faisabilité (détermination des besoins, analyses financières et économiques, évaluation des impacts socio environnementaux ou analyses techniques) sous un angle critique, en mettant notamment l'accent sur le paradoxe entre l’importance de créer des connaissances objectives pour aider la prise de décision et les risques d’instrumentalisation politique. Il souhaite aussi faire la part belle aux bonnes pratiques et aux innovations en matière d'analyse de la faisabilité.
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