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Emmanuel Ahr : UQAM - Université du Québec à Montréal
Beaucoup d’enseignants de cégep entrent en poste sans formation à l’enseignement. La formation continue devient alors un enjeu majeur pour la qualité du système éducatif. Or celle-ci est peu développée et repose principalement sur les conseillers pédagogiques (CP) surchargés ou les microprogrammes universitaire (ex., PCPES-UQAM ou PERFORMA-UDS). La présente communication fait état d’un projet en cours dans lequel nous déployons une démarche de formation continue peu coûteuse et fondée sur les forces actuelles du système éducatif postsecondaire québécois : les communautés de pratique et de recherche (CPR). Les CPR allient les savoirs expérientiels des enseignants, les compétences des associations collégiales à soutenir des communautés de pratiques (CdP), l’expertise des conseillers pédagogiques et les connaissances des chercheurs. Elles s’appuient sur les cadres théoriques des CdP, de la recherche-action et de l’andragogie. Leur objectif consiste à poser un cadre agréable, motivant et rigoureux pour accompagner le développement professionnel des enseignants. Les enseignants sont ainsi amenés à réfléchir, discuter et résoudre une problématique scolaire en proposant, testant et évaluant l’impact d’une nouvelle pratique basée sur les connaissances pédagogiques et scientifiques. Cette démarche de recherche-action est facilitée par l’utilisation par la CPR de l’outil EVA, un guide de recherche-action issu d’un partenariat franco-québécois entre chercheurs et enseignants.
Occupant jusqu’à récemment une place périphérique dans les réflexions sur l’enseignement supérieur, l’apprentissage tout au long de la vie est pourtant au cœur de la mission d’enseignement et de services à la collectivité des établissements collégiaux et universitaires (UNESCO, 2023).
En ouvrant les portes de l’enseignement supérieur à des populations moins traditionnelles (adultes, femmes, étudiantes et étudiants de première génération, personnes issues de l’immigration, Premiers Peuples), la formation continue est à la fois une réponse à la diversification des parcours étudiants et un vecteur de diversification des populations étudiantes en enseignement supérieur (CSE, 2013). Cette diversification est une des grandes tendances identifiées pour l’université du futur (Quirion, 2021), mais elle pose de nombreux défis. Les enjeux d’accessibilité et de persévérance, notamment, s’articulent différemment pour les adultes en enseignement supérieur, qui sont nombreux à devoir conjuguer leurs études avec des responsabilités familiales et professionnelles (Richard, 2023). En outre, les projets éducatifs et les objectifs de formation des personnes apprenantes en formation continue sont différents de ceux des populations étudiantes en formation initiale (Doray, 2024).
Les établissements d’enseignement supérieur répondent-ils adéquatement aux besoins et aux aspirations des adultes en reprise d’études? Comment mieux intégrer les savoirs expérientiels de quiconque œuvre en formation continue (corps enseignant, personnel professionnel et gestionnaires) pour favoriser la réussite des populations adultes en enseignement supérieur?
Peu d’écrits scientifiques portent spécifiquement sur la formation continue en enseignement supérieur au Québec (Martel, 2023). Il s’agit d’un secteur d’activité très éclaté, mais rarement appréhendé dans toutes ses dimensions : inégalités sociales et accès à la formation continue (ICÉA, 2020), conciliation études-travail-famille (Mercier, 2021), soutien financier aux adultes en reprise d’études (CCAFE, 2016), politiques publiques (Doray et Ionici, 2023), services aux entreprises (Doray, Simoneau et Solar-Pelletier, 2016), reconnaissance des acquis et des compétences (Bélisle et coll., 2024), microcertifications (Pichette et Courts, 2024), formation continue à distance (Duhaime, 2022), etc.
Les données institutionnelles concernant les populations étudiantes inscrites en formation continue sont peu nombreuses, particulièrement en formation continue non créditée, en raison de la dynamique concurrentielle qui caractérise ce champ de pratiques (Doray et Manifet, 2017). Devant cet état lacunaire de la recherche, l’apport des savoirs expérientiels apparaît d’autant plus important.
Ce colloque constitue une occasion privilégiée de faire état des savoirs existants, tant scientifiques qu’expérientiels, et d’intéresser des chercheur·ses à des dimensions moins documentées des réalités étudiantes en formation continue.
Titre du colloque :