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Melanie Bourassa Forcier : Université de Sherbrooke
Le phénomène de « mobbing », décrit par la Professeure Ève Séguin comme « un processus concerté d’élimination d’un employé, qu’il vaut mieux appeler la ‘cible’ »1, est documenté, mais toujours peu discuté au sein du milieu universitaire. En octobre 2024, au terme d’une année de revue de la littérature jurisprudentielle, doctrinale et de la littérature crise, couplée à des entrevues semi-dirigées, les parties prenantes de l’écosystème universitaire ont été réunies dans le but de discuter du phénomène, d’expériences vécues et de solutions potentielles et optimales. Nous proposons de présenter le phénomène au travers de la jurisprudence québécoise et canadienne en identifiant le rôle, parfois latent, des structures institutionnelles dans la perpétration de ces actes. Il est ressorti de nos travaux que les modes de prévention et règlement des différends représentent des alternatives efficaces au recours aux instances formelles universitaire ou aux tribunaux pour mitiger les conséquences ressenties par les « cibles ». L’intervention sera basée sur le compte-rendu produit à la suite des journées de formation tenues les 2, 3 et 4 octobre 2024 dans le cadre desquelles les parties prenantes étaient réunies pour aborder différentes thématiques sujettes à enjeux au sein de la communauté universitaire québécoise.
L’intimidation dans le milieu universitaire est un sujet qui suscite de plus en plus d’attention, en raison notamment de ses impacts sur la qualité du climat d’enseignement-apprentissage (p. ex., Fraguas et al., 2021; Jadambaa et al., 2021). Jusqu’alors, les travaux se sont principalement penchés sur les gestes d’intimidation entre étudiant·es. On en sait beaucoup moins sur ces gestes perpétrés par des professeur·es d’université à l’endroit de leurs propres collègues (Meriläinen et al., 2016).
Les recherches menées dans d’autres contextes professionnels indiquent que les personnes qui subissent de l’intimidation au travail peuvent en venir à se dévaloriser et afficher des problèmes de performance (p. ex., stress important, perte d’estime personnelle; Vartia, 2011) sans compter qu’elles peuvent développer de sérieux problèmes de santé mentale (p. ex., détresse psychologique importante, dépression, anxiété; Bailey et al., 2015; Bonde et al., 2016; Laschinger et Fida, 2014; Liang, 2019). Dans les cas les plus graves, les gestes d’intimidation peuvent mener à des idées et à des comportements suicidaires (Nielsen et al., 2016).
L’on croit dans le milieu que l’intimidation entre professeur·es serait un phénomène commun, mais que les gestes reprochables seraient rarement dénoncés, notamment en raison de craintes de représailles (Gianakos et al., 2022). Cette intimidation qui nous intéresse désigne des comportements abusifs ou irrespectueux qui sont posés par un·e professeur·e et qui cible une collègue professeur·e. Ces gestes sont souvent posés au sein d’une relation asymétrique, où la personne intimidatrice jouit d’un statut de séniorité ou est en position d’autorité. À titre de professeur·es œuvrant en milieu universitaire et dans divers domaines, nous croyons qu’il relève de notre responsabilité de mettre en lumière la fréquence et la nature de cette pratique problématique.
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