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Marie-Ève Carpentier : Université de Montréal
La présente proposition vise à nourrir notre démarche réflexive en lien avec notre expérience vécue dans un séminaire doctoral à l’Université de Montréal où des dynamiques de sexisme, de racisme et de colonialisme ont marginalisé nos voix, témoigné d’injustices épistémiques et discriminé nos identités de femmes et de femmes racisées (Fricker, 2008). D’abord banalisées, les situations vécues en classe ont été associées, grâce à nos échanges réflexifs entre étudiantes à travers lesquels nous nous sommes inspirés de l’autoethnographie collaborative, à des pratiques discriminatoires (Carlton et MacDonald, 2021). Nous avons analysé ces discriminations à travers les perspectives féministes intersectionnelle (Bilge et Hill Collins, 2023) et décoloniale (Vergès, 2019), ce qui nous a permis de rendre compte de la complexité des rapports de pouvoir et de leurs impacts sur notre réussite académique et notre bien-être. Nous avons choisi d'effectuer un signalement institutionnel collectif pour lequel nous avons obtenu peu de soutien, ce qui a renforcé notre perception d’une culture académique masculine et blanche. Nous souhaitons maintenant réfléchir, proposer et documenter de nouvelles pratiques de résistance collectives comme la création de réseaux de solidarité et l’utilisation de plateformes alternatives (forums de discussion, baladodiffusion, etc.) pour rendre audibles les voix marginalisées, sans compromettre notre réussite académique ni adopter une stratégie de retrait.
Ce colloque souhaite documenter les pratiques de résistance vouées à mettre au jour et à questionner les relations genrées du milieu de l’éducation, notamment dans l’enseignement postsecondaire universitaire et collégial, face à une culture de domination masculine qui (re)produit les inégalités basées sur des marqueurs identitaires genrés (Walters et al., 2022). Ces inégalités touchent tant les membres du corps professionnel régulier et contractuel (Dutoya et al., 2019) que la population étudiante (Julien et Gosselin, 2015a, 2015b). Par exemple, les femmes s’occupent davantage de tâches « de soin » importantes pour le maintien de la vie universitaire, mais peu reconnues : mentorat, travail administratif, travail de soutien émotif (Gaudet, 2022).
Face à cet état des choses, les pratiques de résistance dans le milieu de l’éducation sont nombreuses et en effervescence depuis les dernières années : publication d’articles provocateurs et de numéros spéciaux confrontant la domination masculine dans certains champs de recherche (Cunliffe, 2022; Aumais, Basque et al., 2018), mise sur pied de campagnes de sensibilisation aux violences sexuelles en milieu universitaire et de collectifs luttant contre les violences sexistes en milieu scolaire (ex. : On s’écoute, La voix des jeunes compte), transformation des pratiques d’enseignement et de publication de la recherche (Aumais et Dorion, 2024), remise en question des normes d’écriture par le mouvement féministe « writing differently » (Gilmore, Harding et Pullen, 2019). Tant à l’échelle internationale que locale, ces quelques exemples mettent en lumière les initiatives qui, si elles ne permettent pas de résoudre définitivement ces enjeux complexes, permettent d’espérer des avancées et des transformations durables du milieu de l’éducation.
Titre du colloque :