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Traian Toma : Université de Montréal
La migration des promoteurs du masculinisme vers les espaces numériques et la propagation subséquente de leurs idées sur les réseaux sociaux populaires soulèvent des inquiétudes quant à leur impact sur comment la société aborde les questions de genre. Ce « mainstreaming » du masculinisme pourrait ultimement miner le bien-être des communautés minoritaires en favorisant une société qui banalise, normalise, tolère, appuie et s’engage dans la misogynie, l’homophobie, la transphobie, la violence basée sur le genre ainsi que tout autre préjudice ancré dans l’inégalité des genres. Cependant, peu d’études se sont intéressées au mainstreaming des idéologies marginales telles que le masculinisme, et le concept même de mainstreaming est resté mal défini jusqu’à présent. Rothut et al. (2024) proposent un premier modèle à 12 facteurs du mainstreaming qui pourrait faciliter la systématisation des connaissances sur ce phénomène. La présente étude utilise ce modèle pour comprendre le mainstreaming du masculinisme.
Le début des années 2020 voit poindre une dégradation du climat social eu égard aux personnes LGBTQ+, et surtout aux personnes trans et non binaires (TNB), ciblées par des assauts législatifs et une polarisation des discours sur leur existence. Des rapports d’associations états-uniennes montrent que les personnes LGBTQ+ en général, et les personnes TNB en particulier, sont ciblées par des initiatives visant à restreindre leurs droits (HRC, 2023). Ces violences sont décuplées par les réseaux sociaux et par l’incapacité des plateformes à réglementer ces discours (GLAAD, 2023).
La désinformation autour de l’existence et des revendications des personnes trans génère une polarisation des opinions du grand public à leur sujet. C’est particulièrement vrai au sujet des droits des personnes trans, qu’on tend à représenter comme des menaces, des gains durement acquis par les mouvements féministes comme de la sécurité et de l’intégrité des enfants, qu’il faudrait « protéger » de leur « influence ». Ainsi, un sondage états-unien révèle que 38 % des adultes estiment que « la société va trop loin pour accommoder les personnes trans », alors qu’une proportion presque égale (36 %) estime qu’elle devrait les accommoder davantage (Pew, 2022).
Le Canada et le Québec n’échappent pas à ces phénomènes. Un sondage canadien montre un déclin significatif et rapide du soutien à des mesures transaffirmatives comme l’accès des mineur·es à des soins d’affirmation de genre (58 % en accord en 2023 vs 48 % en 2024) ou la possibilité d’offrir une option de genre neutre sur les papiers d’identité (49 % en 2023 vs 40 % en 2024) (IPSOS, 2024).
Ce climat social affecte les jeunes, par la rhétorique qu’il emprunte comme par ses impacts. Une étude montre par exemple un lien de causalité entre l’adoption de lois anti-trans aux États-Unis et la hausse du taux de suicide des jeunes TNB (Lee et al., 2024). Des recherches en cours s’intéressent à la recrudescence de tels discours chez les jeunes personnes au Québec.
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