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Robert-Paul Juster : Université de Montréal
Les formes structurelles de stigmatisation et de discrimination sont associées à des conséquences négatives sur la santé des groupes marginalisés, y compris les personnes LGB. Cette étude vise à explorer les liens entre des indicateurs de stigmatisation structurelle (politiques étatiques ciblant les personnes LGB) et la charge allostatique, un indice de dérèglements physiologiques. Nous avons analysé des données issues de l’enquête nationale National Health and Nutritional Examination Survey (2001-2014), incluant 864 individus LGB et 20 310 individus hétérosexuels. Dix politiques étatiques en lien avec les droits des personnes LGB (ex. : protection contre la discrimination à l’emploi, mariage pour les couples de même sexe) ont été utilisées pour mesurer la stigmatisation structurelle de chacun des états des États-Unis. Un indice de charge allostatique, basé sur 11 biomarqueurs immunitaires, métaboliques et cardiovasculaires, a été estimé. Nos résultats montrent un lien direct entre la stigmatisation structurelle et les dérèglements physiologiques, soulignant comment l’environnement social peut « s’inscrire sous la peau et dans le cerveau » des hommes issus de minorités sexuelles aux États-Unis. Aucune association significative n’a été observée chez les femmes issues de minorités sexuelles.
Le début des années 2020 voit poindre une dégradation du climat social eu égard aux personnes LGBTQ+, et surtout aux personnes trans et non binaires (TNB), ciblées par des assauts législatifs et une polarisation des discours sur leur existence. Des rapports d’associations états-uniennes montrent que les personnes LGBTQ+ en général, et les personnes TNB en particulier, sont ciblées par des initiatives visant à restreindre leurs droits (HRC, 2023). Ces violences sont décuplées par les réseaux sociaux et par l’incapacité des plateformes à réglementer ces discours (GLAAD, 2023).
La désinformation autour de l’existence et des revendications des personnes trans génère une polarisation des opinions du grand public à leur sujet. C’est particulièrement vrai au sujet des droits des personnes trans, qu’on tend à représenter comme des menaces, des gains durement acquis par les mouvements féministes comme de la sécurité et de l’intégrité des enfants, qu’il faudrait « protéger » de leur « influence ». Ainsi, un sondage états-unien révèle que 38 % des adultes estiment que « la société va trop loin pour accommoder les personnes trans », alors qu’une proportion presque égale (36 %) estime qu’elle devrait les accommoder davantage (Pew, 2022).
Le Canada et le Québec n’échappent pas à ces phénomènes. Un sondage canadien montre un déclin significatif et rapide du soutien à des mesures transaffirmatives comme l’accès des mineur·es à des soins d’affirmation de genre (58 % en accord en 2023 vs 48 % en 2024) ou la possibilité d’offrir une option de genre neutre sur les papiers d’identité (49 % en 2023 vs 40 % en 2024) (IPSOS, 2024).
Ce climat social affecte les jeunes, par la rhétorique qu’il emprunte comme par ses impacts. Une étude montre par exemple un lien de causalité entre l’adoption de lois anti-trans aux États-Unis et la hausse du taux de suicide des jeunes TNB (Lee et al., 2024). Des recherches en cours s’intéressent à la recrudescence de tels discours chez les jeunes personnes au Québec.
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