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Alexandre Zaezjev : Université McGill
Ce travail explore la temporalité des rétrotopies post-soviétiques à travers deux projets cinématographiques russophones contemporains : DAU et Captain Volkonogov Escaped, deux phénomènes culturels majeurs du cinéma post-soviétique et de l’art multimédia contemporain. En s’appuyant sur le concept de rétrotopie développé par Bauman, cette étude examine la manière dont ces oeuvres construisent des visions anachroniques de l’époque stalinienne. Dans ces deux projets, le passé soviétique est entrelacé avec des éléments du présent, formant un palimpseste temporel où les traces des réalités contemporaines émergent à travers la reconstitution historique.
À travers ces études de cas, ce travail analyse comment DAU et Captain Volkonogov Escaped remettent en question la conception linéaire du temps. Il interroge les dynamiques entre commencements et fins, authenticité et artificialité, et l’immédiateté et la continuité. Ces temporalités superposées reflètent non seulement la relation complexe de la société post-soviétique avec son histoire, mais également des questions plus larges sur le rôle de la mémoire, de la nostalgie et de la reconstruction historique dans la formation de l’identité collective.
Nous assistons depuis quelque temps à un renouveau d’intérêt pour les catégories de nostalgie et d’utopie. Or, la brèche entre le savoir érudit sur cette thématique et son usage au quotidien dans des discours médiatiques est immense. L’histoire conceptuelle de ces deux termes demeure largement inconnue au-delà des réseaux de recherche spécialisés, « nostalgie » et « utopie » n’étant fréquemment compris qu’en tant que mots élémentaires et péjoratifs mobilisés pour écarter les inquiétudes de celles et ceux qui se montrent « mésadaptés » à un présent qui est toujours à certains égards insatisfaisant mais auquel nous sommes censés consentir afin d’être « réalistes ».
L’architecture temporelle de la démocratie libérale se révèle ainsi l’expression par excellence de ce que l’historien français François Hartog avait désigné comme « présentisme » dans son ouvrage marquant Régimes d’historicité (Seuil, 2003), soit un ordre social du temps qui survalorise le présent au lieu de tenir compte de la valeur « nostalgique » du passé ou de celle « utopique » de l’avenir, et, ce faisant, ignore les potentialités politiques propres à ces deux catégories.
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