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3. Plurilinguisme et langue française. Vers une typologie des grandes agglomérations urbaines en Afrique francophone

JK

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Jean-Martial Kouamé : Université Félix Houphouët-Boigny

Résumé de la communication

« La langue française est notre butin de guerre ». Cette citation du grand écrivain algérien Kateb Yacine qui remonte au début des années 1960 a été reprise maintes fois dans la littérature. Plus de 60 ans après les indépendances, cette langue coloniale conserve le statut de langue officielle dans près d’une vingtaine de pays africains, ce qui peut paraître comme un paradoxe. Néo-colonialisme? Possiblement, mais en fait, selon certains, la langue française aurait maintenant le statut de langue africaine (Mbembe et Mabankou 2018). Si l’Afrique est plurielle comme on se plait à le rappeler, la langue française occupe une place différente selon les différents contextes historique, linguistiques et socio-politiques. S’appuyant sur une démarche initiale d’analyse des comportements linguistiques (Bougma et Marcoux, 2022) et s’appuyant cette fois sur les données collectées récemment dans près d’une vingtaine de grandes agglomérations urbaines de l’Afrique subsaharienne et d’une dizaine du Maghreb, nous tenterons de brosser un tableau de la maîtrise de la langue française telle qu’elle est évaluée par les locuteurs mais également de l’utilisation de celle-ci et d’autres langues dans le quotidien des populations (au travail et à la maison).

Résumé du colloque

L’espace francophone international a connu des transformations considérables. En 1960, plus de 90 % des francophones de la planète se trouvaient au Nord, principalement en Europe. À partir de la décennie 1980, nous assistons à une reconfiguration géographique majeure faisant en sorte que l’Afrique compte actuellement plus de la moitié des 343 millions de francophones de la planète. Ce déplacement des plaques tectoniques de l’espace francophone s’explique d’abord par l’importante poussée démographique africaine, à laquelle s’ajoute le fait que la langue française s’est répandue rapidement sur ce continent par le truchement des systèmes d’enseignement qui reposent sur les langues coloniales. Le français, devenu peu à peu langue africaine (Mbembe et Mabankou, 2018), s’inscrit ainsi à intensité variable dans le quotidien des populations d’Afrique francophone avec d’autres langues de communication encore bien vivantes dans plusieurs pays : wolof, dioula, lingala, arabe et bien d’autres. L’important plurilinguisme qui émerge de ces contextes variés favorise les échanges et emprunts, faisant en sorte que l’espace francophone est devenu pluriel… et ça s’entend!

Si plurilinguisme n’est pas un phénomène nouveau, il s’est amplifié avec l’immigration internationale, devenue le marqueur central du tissu social du Québec comme du Canada. L’ISQ (2024) nous apprenait que la croissance démographique du Québec s’expliquait à plus de 99 % par l’immigration. On sait aussi que « l’Afrique est maintenant le deuxième continent en importance du point de vue de l’immigration récente au Canada, ayant surpassé l’Europe, qui occupe la troisième place » (Statcan, 2017, p. 4). Par exemple, 41 % des immigrants permanents admis au Québec en 2023 sont nés en Afrique : Cameroun, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo de même que les pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) (ISQ, 2024). Ces pays appartiennent à l’espace francophone, un espace de recrutement de plus en plus privilégié par les politiques migratoires du Québec et du Canada francophone, et un espace qui est lui-même traversé par le plurilinguisme, comme nous l’avons souligné.

Par ailleurs, comparativement à d’autres espaces linguistiques devenus assez tôt polycentriques — les espaces anglophone et lusophone notamment avec l’émergence des normes étatsuniennes et brésiliennes —, la langue française est demeurée jusqu’à récemment unicentrée sur la norme et les standards de la France, voire de Paris. C’est possiblement le Québec avec la création de plusieurs institutions (Conseil de la langue française, OQLF, etc.) qui a le mieux symbolisé cette tendance polycentrique, qui pourrait se répandre comme cela semble être le cas avec la langue française ivoirienne. En somme, plurilinguisme et polycentrisme sont assurément deux forces qui traversent l’espace francophone international et auquel le Québec est loin d’échapper.

Contexte

section icon Date : 7 mai 2025

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