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Mélissa Roy : UQAM - Université du Québec à Montréal
La volonté d’interpréter et d’expliquer le phénomène d’hésitation à la vaccination (HV) se traduit souvent par une représentation négative des personnes qui ont un rapport critique à un vaccin, qui sont présentées comme désinformées ou anti-science. Cependant, celles-ci retournent parfois ce blâme, accusant leurs critiques d’être ignorantes ou d’avoir une pensée simpliste. Cette communication problématisera de tels enjeux d’altérisation qui émergent autour de la polémique de l’hésitation vaccinale. Pour ce faire, elle s’appuiera sur la notion d’interface pour penser l’hésitation vaccinale et la certitude vaccinale non pas comme deux pôles d’un continuum, mais plutôt comme étant unit par un espace, qu’on peut qualifier d’interfacial.
Combinant des réflexions théoriques et une analyse préliminaire d’entretiens effectués avec des personnes critiques d’un vaccin, cette communication analysera les tensions interfaciales de l’in/certitude vaccinale en misant sur les jeux de vérité qui prennent forme dans cette interface. Nous montrerons premièrement que l’in/certitude vaccinale tend à être comprise, traitée et gérée sous le prisme d’in/conscience. Nous aborderons ensuite les effets résiduels d’un tel traitement social de la question de la vaccination. Finalement, nous exposerons les conflits d’expertise et les jeux de confiance/méfiance qui énergisent les tensions interfaciales liées à l’in/conscience vaccinale.
L’intégration des expertises disciplinaires dans l’étude des problèmes sociaux est aujourd’hui indispensable au vu non seulement de leur complexité et de leur singularisation croissantes (Otero, 2013), mais des réductionnismes, raccourcis, déplacements, recadrages, amalgames et intensifications qui les alimentent à l’ère d’une montée des populismes et des polarisations (politiques, morales, culturelles, économiques, identitaires, etc.). Par ailleurs, il est essentiel d’examiner comment la multiplication des efforts de reconnaissance de la diversité des formes vécues des problèmes sociaux (distorsions, colères, haines, intimidations, indignités, dysrégulations, dépendances, épuisements, invalidations, fragilisations, épreuves, manques, etc.) est associée à de nouvelles manières de comprendre, de soutenir et d’améliorer, mais également de surveiller, de favoriser et de punir.
L’interface comme concept ouvre une voie particulièrement féconde pour appréhender les problèmes sociaux et les problématisations du social dans un monde différencié, médiatisé, déhiérarchisé, détraditionnalisé, émotionalisé et précarisé où les tensions, paradoxes et contradictions sont de plus en plus incarnés et problématisés à travers une multitude de projections. Une interface est une relation, un lien, un pont, ou une jonction qui permet une connexion signifiante entre des éléments dissemblables. Elle est également la limite, la frontière, la clôture ou l’obstacle qui génère la distance dont dépend la circulation productive de signes.
Ce colloque est l’occasion de réfléchir ensemble aux tensions contemporaines et à ce qu’elles génèrent, y compris les tensions entre les regards disciplinaires, entre les angles de problématisation, et entre les manières de situer et d’incarner les problèmes. Nous assisterons à la présentation de problématisations et de problématiques actuelles et actualisées autour de thèmes tels que l’intimité, le travail, l’extrémisme, la vaccination, le contrôle et la surveillance, les psychotropes, les dépendances, l’anxiété, la construction des problèmes sociaux, le vieillissement et les jeunes vivant un premier épisode psychotique.
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