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Charlie Renard : Nantes Université
L’enseignement de la philosophie vise à développer les compétences argumentatives des élèves à travers des activités orales collectives. Or, ces situations d’échanges sont traversées par des enjeux interactionnels complexes car elles engagent non seulement leur rapport à eux-mêmes, aux autres et aux savoirs (Charlot, 1997 ; Caillot, 2001 ; Gagnon, 2011), façonnés par leurs expériences antérieures et leurs croyances épistémiques (Kuhn et Dean, 2004), mais aussi leur souci de préserver leur image sociale dans l’interaction (Goffman, 1974), particulièrement saillant dans des contextes pédagogiques où l’exposition de soi, l’évaluation implicite ou explicite par les pairs et l’enseignant, sont omniprésentes. Ce double enjeu peut affecter leur engagement dans l’argumentation, en influençant la manière dont ils prennent la parole, confrontent des idées, justifient leurs positions et gèrent le désaccord.
Cette communication explore ces dynamiques en analysant un corpus de plusieurs débats filmés en classes de philosophie en terminale, selon une approche interactionniste et discursive inspirée de Mercer (1995). Notre analyse cherche à comprendre comment des interventions épistémiques et épistémologiques peuvent être mobilisées comme stratégies de travail des faces, et inversement, comment la gestion de l’image sociale influence les rapports aux savoirs, en modulant la prise de parole, l’affirmation des positions et l’adhésion aux normes de validité du savoir.
L’intérêt pour le développement de la compétence argumentative à l’école a connu un grand essor au cours des dernières décennies, en s’inspirant notamment des travaux philosophiques et psychologiques (Rapanta, 2013). Elle est considérée en recherche dans divers champs, notamment comme compétence nécessaire à la construction d’une vision du monde et à l’exercice d’une citoyenneté éclairée.
D’une part, l’argumentation est vue comme une approche d’enseignement-apprentissage dans plusieurs disciplines scolaires. Par exemple, puisque les pratiques argumentatives font partie du fonctionnement des communautés disciplinaires de référence dans les domaines des sciences, de l’histoire, des langues ou des mathématiques, on s’attend à ce que leur introduction en classe engage les élèves dans des démarches de recherche favorisant l’apprentissage des processus et des concepts dans ces disciplines (Bisault et Le Bourgeois, 2006). D’autre part, dans une perspective citoyenne qui mobilise ou non les savoirs disciplinaires, c’est l’apprentissage de l’argumentation elle-même qui est au cœur de certaines approches qui font appel, par exemple, au dialogue philosophique (Gagnon et Yergeau, 2016), à l’analyse des médias numérique, à l’étude des controverses socioscientifiques (comme les controverses entourant certains vaccins ou le changement climatique) (Dawson et Carson, 2020) ou des sujets sensibles comme le racisme ou l’identité de genre (Moisan et coll., 2022). Ainsi, si aucun domaine de recherche ne peut prétendre avoir le monopole de l’argumentation (Michelli, 2011), des questions importantes méritent d’être posées et discutées : que nous apprennent les recherches réalisées dans la francophonie sur l’argumentation dans les différents champs? Peut-on en dégager des spécificités disciplinaires et des dimensions transversales de l’argumentation? Quelles sont les possibilités et les défis de croiser les approches théoriques et méthodologiques, dans une perspective interdisciplinaire?
Le colloque, organisé par le Centre de recherche interuniversitaire en didactiques (CRIDid), avec la collaboration du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (CREA) et du collectif d.phi, réunit des communications de chercheur·ses ainsi que d’étudiant·es qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre des objectifs suivants :
1) Présentation de résultats de recherches portant sur l’argumentation à l’école, en considérant les différents champs disciplinaires et les différentes composantes du processus d’enseignement-apprentissage (curriculum, ressources didactiques, pratiques d’enseignement, processus d’apprentissage, etc.). Chaque communication doit présenter clairement le cadre de référence et le cadre méthodologique retenu, en plus des résultats.
2) Présentation d’une conceptualisation de l’argumentation dans le contexte scolaire, fondée sur l’analyse des conceptualisations existantes.
3) Proposition d’une approche d’enseignement et d’apprentissage de l’argumentation.
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