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William Kankeu Fonkoua : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’activisme politique de la diaspora camerounaise s’inscrit dans une dynamique de longue durée, façonnée par les évolutions politiques nationales et les mutations technologiques globales. Dès l’époque postcoloniale, des exilés politiques ont structuré des réseaux transnationaux d’opposition, d’abord à travers la presse et les cercles associatifs. Avec l’essor du numérique, ces pratiques se sont transformées, favorisant une mobilisation plus immédiate et transfrontalière. Cette communication propose une analyse sociohistorique des répertoires d’action et des logiques de mobilisation de la diaspora camerounaise à l’ère numérique. À partir d’une analyse documentaire, elle examine l’influence des crises politiques successives, depuis le multipartisme des années 1990 jusqu’aux contestations postélectorales récentes, sur l’intensification de cet activisme. Elle identifie les acteurs pionniers, leurs stratégies d’action et leurs modes de légitimation. En mobilisant les théories des mouvements sociaux et de l’activisme digital, cette étude propose une mise en perspective comparative avec d’autres mobilisations numériques africaines, notamment au Sénégal et au Burkina Faso. Elle vise ainsi à éclairer les mutations contemporaines de l’engagement politique transnational et à interroger les liens entre diaspora, espace public numérique et recompositions politiques nationales.
Au cours des dernières décennies, l’Afrique subsaharienne a enregistré la plus forte progression mondiale en matière de pénétration d’Internet, passant de moins de 1 % de personnes connectées en 2000 à 40 % en 2022. Pour la majorité des Africain·es, l’accès à Internet se fait avec les téléphones intelligents, utilisés par 63 % d’entre eux.
L’essor du numérique en Afrique a des implications politiques majeures. Il transforme notamment les conditions d’exercice de l’action politique et publique en offrant de nombreuses opportunités aux acteurs politiques ainsi qu’à ceux de la société civile. Dans des environnements politiques marqués par des problèmes de gouvernance et de légitimité, l’avènement du numérique a en effet transformé l’engagement politique et citoyen, devenant un levier de mobilisation. Les citoyen·nes s’en servent de plus en plus pour exprimer leurs opinions, organiser et coordonner les mouvements de contestation ou de soutien à un pouvoir ou à une cause, ou encore pour faire de la vérification des faits (fact checking), mettant souvent les gouvernements devant leurs contradictions et leurs insuffisances. Parallèlement, les diasporas africaines affichent une volonté croissante de s’impliquer dans la vie politique de leur pays d’origine. Elles deviennent ainsi, par le biais des médias sociaux, les porte-voix des revendications nationales et panafricaines.
Face aux oppositions et aux contestations citoyennes, particulièrement dans des contextes autoritaires, certains gouvernements restreignent l’accès à Internet et surveillent les communications en ligne à l’aide de logiciels de surveillance sophistiqués. D’autres exploitent ces technologies pour manipuler l’opinion publique ou pour s’en prendre à la société civile, particulièrement présente dans les espaces numériques et vulnérable aux enjeux de sécurisation des données ainsi qu’à diverses formes d’attaques.
Dans ce contexte, l’objectif de ce colloque est d’explorer les opportunités, mais aussi les risques engendrés par l’essor du numérique pour l’action politique des sociétés civiles africaines, à l’échelle nationale mais aussi internationale.
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