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Définir le problème social

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Henri Dorvil

Résumé de la communication

La désignation officielle d’un problème social relève de l’interprétation des personnes en situation de pouvoir qui interviennent dans la définition des lois, leur mise en application et la gestion des prises en charge des conduites dites dérangeantes. Ce sont elles qui « problématisent » les conditions de vie (Otero, 2013) de certains groupes et comme normer c’est nommer, normaliser, ces conduites restent figées dans le temps et dans l’espace, y enfermant ces groupes. Les personnes en situation de vulnérabilité ne prennent pas part à la construction de ces définitions. Elles les subissent. Or, aujourd’hui, deux catégories de personnes font exception : les minorités de genre et d’identité sexuelle ainsi que les anciennes et anciens patients psychiatriques devenus des intervenants expérientiels, des pairs aidants.

Marcelo Otero suggère de « penser non plus ce qui parle, ou de quoi on parle dans la formulation des problèmes sociaux, mais bien ce qui fait parler » (Otero, 2013). Ce nouveau matérialisme tente d’appréhender les « agentivités » non-humaines actives dans la problématisation des réalités sociales. On peut penser notamment à l’interpénétration toujours grandissante des interfaces et des subjectivités, les médias sociaux et les algorithmes qui les ordonnent, jouant un rôle central dans l’établissement de l’ordre du jour politique. Il n’y aurait peut-être pas eu l’effervescence des luttes LGBT sans ces nouveaux modes d’information et d’interaction.

Résumé du colloque

L’intégration des expertises disciplinaires dans l’étude des problèmes sociaux est aujourd’hui indispensable au vu non seulement de leur complexité et de leur singularisation croissantes (Otero, 2013), mais des réductionnismes, raccourcis, déplacements, recadrages, amalgames et intensifications qui les alimentent à l’ère d’une montée des populismes et des polarisations (politiques, morales, culturelles, économiques, identitaires, etc.). Par ailleurs, il est essentiel d’examiner comment la multiplication des efforts de reconnaissance de la diversité des formes vécues des problèmes sociaux (distorsions, colères, haines, intimidations, indignités, dysrégulations, dépendances, épuisements, invalidations, fragilisations, épreuves, manques, etc.) est associée à de nouvelles manières de comprendre, de soutenir et d’améliorer, mais également de surveiller, de favoriser et de punir.

L’interface comme concept ouvre une voie particulièrement féconde pour appréhender les problèmes sociaux et les problématisations du social dans un monde différencié, médiatisé, déhiérarchisé, détraditionnalisé, émotionalisé et précarisé où les tensions, paradoxes et contradictions sont de plus en plus incarnés et problématisés à travers une multitude de projections. Une interface est une relation, un lien, un pont, ou une jonction qui permet une connexion signifiante entre des éléments dissemblables. Elle est également la limite, la frontière, la clôture ou l’obstacle qui génère la distance dont dépend la circulation productive de signes.

Ce colloque est l’occasion de réfléchir ensemble aux tensions contemporaines et à ce qu’elles génèrent, y compris les tensions entre les regards disciplinaires, entre les angles de problématisation, et entre les manières de situer et d’incarner les problèmes. Nous assisterons à la présentation de problématisations et de problématiques actuelles et actualisées autour de thèmes tels que l’intimité, le travail, l’extrémisme, la vaccination, le contrôle et la surveillance, les psychotropes, les dépendances, l’anxiété, la construction des problèmes sociaux, le vieillissement et les jeunes vivant un premier épisode psychotique.

Contexte

Discutant-e- de la session : Johanne Collin
section icon Date : 7 mai 2025

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