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Sagal Saïd-Gagné : CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal
Devant la précarisation des services publics et les appels managériaux à la standardisation, les professionnelles de la santé se retrouvent aux frontières de leurs idéaux de pratique, naviguant entre le respect des protocoles et la nécessité d’adapter créativement leurs actions aux réalités du terrain. Issue d’une étude ancrée dans le posthumanisme critique (Turcotte et al., 2024), cette présentation explorera trois figures mythiques—Méduse, la Sorcière et la Sirène—comme métaphores de pratiques « dérogatoires » adoptées par les soignantes qui contestent les normes institutionnelles. Inspirée par Hélène Cixous, Méduse symbolise des expériences incarnées, soulignant le pouvoir de l’écriture pour mettre en lumière les luttes quotidiennes des soignantes. La Sorcière, réinterprétée par Silvia Federici, illustre les alliances clandestines entre soignantes et patient·es, défiant l’isolement et l’individualisme imposés par les structures de soins. Enfin, la Sirène, chez Jacques Rancière, incarne la capacité de détourner les hiérarchies en transformant le silence en acte de subversion. En s’appuyant sur des exemples de la pratique et de la recherche, ces figures nous serviront à illustrer des stratégies de résistance développées par les professionnelles face aux menaces à leurs idéaux de pratique. Notre intention est de montrer l'émergence de « post-professionnelles » qui s'éloignent d’une vision apolitique du professionnalisme en forgeant de nouveaux modes de relations sociales.
L’effritement du tissu social, la précarité des services publics et les appels managériaux à la conformité confrontent bon nombre d’intervenant·es à des situations qui les placent aux frontières de leurs idéaux de pratique. Dans ce contexte, plusieurs d’entre elleux sont appelé·es à prendre des décisions qui entraînent un acte ou un sentiment de transgression envers les normes établies. Ces pratiques que nous qualifions de dérogatoires caractérisent le quotidien de plusieurs domaines d’intervention, par exemple de l’éducation, de la santé ou de l’intervention sociale et communautaire.
Les pratiques dérogatoires soulèvent des enjeux éthiques, légaux et professionnels complexes. D’une part, elles permettent une réponse plus flexible à des situations inclassifiables, mais, d’autre part, elles remettent en question l’autorité des normes établies et la légitimité même de l’intervention. Parallèlement, au cours des dernières décennies, les acteurs sociaux et sanitaires se sont vu conférer un important pouvoir discrétionnaire pour la mise en œuvre des politiques publiques (Lipsky, 2010). Un tel pouvoir place ces acteurs dans des contextes où une « pluralité de moralités » (Massé, 2017, p. 125) coexiste et se heurte, entraînant une reconfiguration, et parfois même une remise en question du sens et des registres d’action.
En pratique, plusieurs questions sont susceptibles d’émerger de ce constat, illustrant la pertinence d’une étude plus approfondie de la fonction, des risques et des conséquences associés aux pratiques dérogatoires : Comment les pratiques dérogatoires sont-elles justifiées ou contestées, sur le plan fonctionnel et symbolique? Pourquoi ces pratiques parfois essentielles au fonctionnement des institutions sont-elles réprimées par celles-ci, malgré des idéaux partagés? Comment préserver l’idéal de l’intervention en l’absence de conditions de travail adéquates? C’est à ces questions et à tant d’autres que ce colloque tente d’apporter différentes réponses.
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