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Yalla Sangaré : Université Sainte-Anne
Le Mali est plongé depuis 2012 dans une crise multidimensionnelle. La mauvaise gouvernance et la fragilité de l’État postcolonial, l’intervention de l’OTAN en Libye, les rébellions dans le Nord, le djihadisme, les coups d’État à répétition sont souvent mentionnés comme étant la cause de la situation actuelle. L’objet de cette présentation est de traiter un angle mort de la crise malienne : l’impact de la digitalisation et de l’utilisation de différentes plateformes numériques par les acteurs. La libéralisation des médias après 1991 et la digitalisation posent toute sorte d’enjeux. Il existe une confusion entre le journalisme rigoureux et le commentaire. L’apparition d’influenceurs la multiplication de fausses nouvelles renforcent la méfiance entre les communautés dans le centre Mali. L’utilisation par les groupes armés et l’ensemble des acteurs de la crise des plateformes digitales aggravent les conflits inter et intracommunautaires. Les opérations documentées de désinformations par les pays étrangers ajoutent de la confusion. Les tentatives d’encadrement de l’écosystème numérique par les autorités ont donné des résultats mitigés. Il est important de noter que la digitalisation a aussi eu un impact positif. Les populations locales parviennent parfois à attirer l’attention de l’opinion et des autorités sur leur situation. Au-delà du Mali, la digitalisation est plus que jamais devenue un catalyseur de l’instabilité dans le Sahel.
Au cours des dernières décennies, l’Afrique subsaharienne a enregistré la plus forte progression mondiale en matière de pénétration d’Internet, passant de moins de 1 % de personnes connectées en 2000 à 40 % en 2022. Pour la majorité des Africain·es, l’accès à Internet se fait avec les téléphones intelligents, utilisés par 63 % d’entre eux.
L’essor du numérique en Afrique a des implications politiques majeures. Il transforme notamment les conditions d’exercice de l’action politique et publique en offrant de nombreuses opportunités aux acteurs politiques ainsi qu’à ceux de la société civile. Dans des environnements politiques marqués par des problèmes de gouvernance et de légitimité, l’avènement du numérique a en effet transformé l’engagement politique et citoyen, devenant un levier de mobilisation. Les citoyen·nes s’en servent de plus en plus pour exprimer leurs opinions, organiser et coordonner les mouvements de contestation ou de soutien à un pouvoir ou à une cause, ou encore pour faire de la vérification des faits (fact checking), mettant souvent les gouvernements devant leurs contradictions et leurs insuffisances. Parallèlement, les diasporas africaines affichent une volonté croissante de s’impliquer dans la vie politique de leur pays d’origine. Elles deviennent ainsi, par le biais des médias sociaux, les porte-voix des revendications nationales et panafricaines.
Face aux oppositions et aux contestations citoyennes, particulièrement dans des contextes autoritaires, certains gouvernements restreignent l’accès à Internet et surveillent les communications en ligne à l’aide de logiciels de surveillance sophistiqués. D’autres exploitent ces technologies pour manipuler l’opinion publique ou pour s’en prendre à la société civile, particulièrement présente dans les espaces numériques et vulnérable aux enjeux de sécurisation des données ainsi qu’à diverses formes d’attaques.
Dans ce contexte, l’objectif de ce colloque est d’explorer les opportunités, mais aussi les risques engendrés par l’essor du numérique pour l’action politique des sociétés civiles africaines, à l’échelle nationale mais aussi internationale.
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