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Entre compromis et compromissions: le sens attribuable aux pratiques dérogatoires dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme stabilité résidentielle avec accompagnement (SRA)

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Marie Bocabeille : Université de Montréal

Résumé de la communication

Les pratiques dérogatoires résultent de l'articulation entre des facteurs situationnels et des facteurs liés au cadre d'intervention. Nous cherchons à identifier les fonctions des pratiques dérogatoires et ce qu’elles révèlent du sens de l’intervention dans le domaine de l'itinérance. Nous nous intéressons à la dimension politique de l’intervention et portons notre attention sur la mise en œuvre d’un programme de stabilité résidentielle avec accompagnement (SRA) en mobilisant une analyse de politiques publiques qui combine deux cadres théoriques, la théorie des référentiels (Muller, 2018) et la théorie de la street level bureaucracy de Lipsky. L'analyse d'entrevues semi-dirigées auprès d’intervenant.e.s a révélé qu’iels étaient porteur.se.s d’un double discours : un discours collectif, incorporant les valeurs politiques du programme, et un discours individuel, traduisant l’appropriation qu’iels se font de ce discours collectif. C’est dans le dialogue entre ces deux discours qu’apparaît l’usage de pratiques dérogatoires. Elles constituent des compromis qui permettent aux intervenant.e.s de conserver du sens dans leur intervention quand les attentes de mise en œuvre du programme deviennent irréalistes. Les pratiques dérogatoires montrent à la fois les marges de manœuvre dont disposent des intervenant.es face à la normalisation de l’intervention, marquée par un référentiel gestionnaire, mais aussi un certain statut quo et leurs limites à faire émerger un nouveau référentiel.

Résumé du colloque

L’effritement du tissu social, la précarité des services publics et les appels managériaux à la conformité confrontent bon nombre d’intervenant·es à des situations qui les placent aux frontières de leurs idéaux de pratique. Dans ce contexte, plusieurs d’entre elleux sont appelé·es à prendre des décisions qui entraînent un acte ou un sentiment de transgression envers les normes établies. Ces pratiques que nous qualifions de dérogatoires caractérisent le quotidien de plusieurs domaines d’intervention, par exemple de l’éducation, de la santé ou de l’intervention sociale et communautaire.

Les pratiques dérogatoires soulèvent des enjeux éthiques, légaux et professionnels complexes. D’une part, elles permettent une réponse plus flexible à des situations inclassifiables, mais, d’autre part, elles remettent en question l’autorité des normes établies et la légitimité même de l’intervention. Parallèlement, au cours des dernières décennies, les acteurs sociaux et sanitaires se sont vu conférer un important pouvoir discrétionnaire pour la mise en œuvre des politiques publiques (Lipsky, 2010). Un tel pouvoir place ces acteurs dans des contextes où une « pluralité de moralités » (Massé, 2017, p. 125) coexiste et se heurte, entraînant une reconfiguration, et parfois même une remise en question du sens et des registres d’action.

En pratique, plusieurs questions sont susceptibles d’émerger de ce constat, illustrant la pertinence d’une étude plus approfondie de la fonction, des risques et des conséquences associés aux pratiques dérogatoires : Comment les pratiques dérogatoires sont-elles justifiées ou contestées, sur le plan fonctionnel et symbolique? Pourquoi ces pratiques parfois essentielles au fonctionnement des institutions sont-elles réprimées par celles-ci, malgré des idéaux partagés? Comment préserver l’idéal de l’intervention en l’absence de conditions de travail adéquates? C’est à ces questions et à tant d’autres que ce colloque tente d’apporter différentes réponses.

Contexte

section icon Date : 7 mai 2025

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