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Être connecté avec ses morts, un enjeu de santé mentale pour l’enfant orphelin

MM

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Magali Molinié : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

Résumé de la communication

Les enfants qui perdent un parent ou les deux ont un besoin universel de se représenter leur origine et de se sentir inscrits dans leur filiation (Molinié, 2024). Ils doivent grandir avec des liens d'attachement envers une personne décédée, souvent dans un environnement qui réprime ou ignore l'expression de ce lien.

Construire une connexion avec le défunt favorise l’ajustement de l’enfant au décès et aux changements dans sa vie (Nickman, Silverman, Normand, 1998). Cela dépend de la capacité des adultes à aborder ouvertement les émotions de l’enfant (ibid.). Pourtant, cette capacité est souvent absente : après le décès, le silence envahit la famille (Molinié, 2013 ; Clerc, 2018), et les tentatives de l’enfant pour se connecter au défunt peuvent être découragées (Romano, 2007). L’orphelin devient vulnérable à de nombreux risques en santé mentale : deuil prolongé, dépression, stress post-traumatique, addictions, comportements suicidaires, décrochage scolaire (Alvis et al, 2023).

À la croisée des approches narratives et du modèle des Continuing Bonds, cette communication vise à mieux comprendre les déterminants de ce silence et à explorer les solutions communautaires les plus adaptées pour le surmonter, en s’appuyant sur une revue de littérature et des témoignages.

Résumé du colloque

Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?

Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.

Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.

Contexte

section icon Date : 7 mai 2025

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