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Julie Tiberghien : Haute école de travail social et de la santé Lausanne / Université de Lausanne
Dans un contexte de numérisation croissante du travail, les assistantes sociales et assistants sociaux sont au cœur de la production et de l’usage de données numériques. Ces inscriptions, souvent qualifiées d’« immatérielles », s’ancrent en réalité dans des « infrastructures scripturales » (Denis, 2018), composées à la fois de dispositifs techniques et de pratiques d’inscription.
Cette communication prend appui sur la logique de l’action (Araujo-Oliveira, Chouinard et Pellerin, 2018) pour analyser l’ancrage sociotechnique des activités des assistantes sociales et assistants sociaux. Elle s’attache en particulier à rendre visible le « travail invisible » (Star, 1999) que suppose la fabrication de données numériques. À partir d’une étude ethnographique en cours depuis 2022, menée au sein de cinq services sociaux en Suisse romande, il s’agit de documenter la façon dont les données sont produites, « obtenues » (Latour, 1996) et problématisées par celles et ceux qui y exercent. En prenant au sérieux ces activités d’inscription et leur matérialité, la communication propose d’analyser le rôle et la signification des données numériques dans le travail social. Qu’est-ce que récolter des données numériques dans les services sociaux ? Que signifie cette activité pour les assistantes sociales et assistants sociaux ? Dans quelle mesure la problématisent-elles et ils, et de quelles manières ?
En écho au thème principal du 92e Congrès de l’Acfas — « La recherche au cœur des solutions technologiques et sociales » —, ce colloque consacré au travail social en contexte numérique entend faire état des recherches empiriques et théoriques en contextes francophones.
En matière de technologies dans le champ du travail social, l’attention des chercheur·ses s’est d’abord portée sur l’informatisation et l’introduction de dispositifs sociotechniques « innovants », avant de s’élargir aux enjeux sociaux et éducatifs liés à la massification de l’informatique, de l’Internet, des technologies de l’information et de communication, puis des technologies numériques (Bouchard et Ducharme, 2000; Jochems, 2023; Sorin, 2023; Vitalis, 2019). Le thème du numérique renvoie aujourd’hui à la fois à l’évolution des environnements de travail (workplace) des travailleur·ses sociaux·les et aux évolutions des sociétés dans lesquelles se déploient leurs interventions.
Dans un contexte où les pratiques de l’informatique connectée constituent aujourd’hui le cadre ordinaire d’un nombre toujours plus grand d’usages sociaux, l’appropriation des dispositifs sociotechniques sur les terrains professionnels (équipements, systèmes d’information, progiciels, etc.) s’articule avec la prise en compte par les professionnel·les des besoins et des souhaits — exprimés ou perçus — des publics en matière d’utilisation des technologies numériques. L’accompagnement se déploie dans une société « devenue » numérique et, dans une certaine mesure, il se réalise avec des technologies numériques dont l’appropriation par les professionnel·les continue de générer de nombreux questionnements pratiques, éthiques et identitaires.
À la croisée des logiques du système, de l’acteur et de l’action (Araujo-Oliveira, Chouinard et Pellerin, 2018), les communications proposées pourront adopter différents niveaux d’appréhension des technologies numériques dans le travail social. Les communications pourront également discuter des cadres théoriques et des méthodologies de recherche les plus susceptibles de saisir finement les évolutions du travail social en contexte numérique.
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