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Chiara Piazzesi : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans les sociétés occidentales contemporaines, les liens intimes oscillent entre l’idéal de compatibilité et la reconnaissance des singularités individuelles. Au sein de la culture thérapeutique, des outils comme les cinq langages de l’amour et les versions vulgarisées de la théorie de l’attachement offrent des cadres explicatifs aux expériences amoureuses. Fondée sur 50 entretiens menés au Canada, cette recherche explore leur intégration dans les récits et stratégies relationnelles. Les résultats montrent que ces théories facilitent l’interprétation des interactions amoureuses, la communication et la gestion des différences. Les cinq langages de l’amour sont mobilisés pour identifier les modes d’expression affective, tandis que la théorie de l’attachement resitue les comportements dans un cadre biographique. Toutefois, la rigidité de ces catégories peut figer les individus et imposer un impératif de compatibilité fabriquée. En normalisant une lecture psychologique des relations, ces outils inscrivent l’amour dans une logique d’optimisation et d’individualisation, où la stabilité conjugale devient une compétence à acquérir.
L’intégration des expertises disciplinaires dans l’étude des problèmes sociaux est aujourd’hui indispensable au vu non seulement de leur complexité et de leur singularisation croissantes (Otero, 2013), mais des réductionnismes, raccourcis, déplacements, recadrages, amalgames et intensifications qui les alimentent à l’ère d’une montée des populismes et des polarisations (politiques, morales, culturelles, économiques, identitaires, etc.). Par ailleurs, il est essentiel d’examiner comment la multiplication des efforts de reconnaissance de la diversité des formes vécues des problèmes sociaux (distorsions, colères, haines, intimidations, indignités, dysrégulations, dépendances, épuisements, invalidations, fragilisations, épreuves, manques, etc.) est associée à de nouvelles manières de comprendre, de soutenir et d’améliorer, mais également de surveiller, de favoriser et de punir.
L’interface comme concept ouvre une voie particulièrement féconde pour appréhender les problèmes sociaux et les problématisations du social dans un monde différencié, médiatisé, déhiérarchisé, détraditionnalisé, émotionalisé et précarisé où les tensions, paradoxes et contradictions sont de plus en plus incarnés et problématisés à travers une multitude de projections. Une interface est une relation, un lien, un pont, ou une jonction qui permet une connexion signifiante entre des éléments dissemblables. Elle est également la limite, la frontière, la clôture ou l’obstacle qui génère la distance dont dépend la circulation productive de signes.
Ce colloque est l’occasion de réfléchir ensemble aux tensions contemporaines et à ce qu’elles génèrent, y compris les tensions entre les regards disciplinaires, entre les angles de problématisation, et entre les manières de situer et d’incarner les problèmes. Nous assisterons à la présentation de problématisations et de problématiques actuelles et actualisées autour de thèmes tels que l’intimité, le travail, l’extrémisme, la vaccination, le contrôle et la surveillance, les psychotropes, les dépendances, l’anxiété, la construction des problèmes sociaux, le vieillissement et les jeunes vivant un premier épisode psychotique.
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