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Iseult Séguin Aubé : Université de Montréal
La justice épistémique nous invite à examiner les dynamiques de production et de valorisation des connaissances paysagères. Elle nous encourage à remettre en question nos présupposés pour vérifier si, de manière inconsciente, nos pratiques ne laissent pas de côté des groupes dont l'apport pourrait enrichir notre compréhension des diverses formes de relation aux paysages et orienter l'action paysagère en conséquence. La justice épistémique nous apparait ainsi comme un concept porteur pour interroger la démocratie paysagère sous l'angle de l'équité.
Nous proposons dans cette présentation des exemples issus d'une recherche doctorale s'intéressant aux jeunes touchés par les iniquités territoriales en contexte montréalais. La grille de lecture intégrera les deux formes principales de la justice épistémique :
(1) L' injustice testimoniale, qui désigne les formes de discrimination qui découlent de pratiques discréditant la parole d'autrui sur la base de préjugés inconscients.
(2) L'injustice herméneutique, qui concerne l'invisibilisation des expériences sociales de certains groupes et qui conduit à des lacunes d'origine structurelle se reflétant dans les ressources d’interprétation collectives.
Cette grille de lecture pourra être appliquée plus largement afin de réfléchir aux enseignements susceptibles d’étendre la prise en compte des savoirs expérientiels dans l'action paysagère.
La rhétorique à l’égard de l’action paysagère s’est transformée au cours des dernières décennies, faisant passer le paysage d’un objet réservé aux experts à un objet démocratique. Dans la foulée de l’expression croissante des sensibilités sociales envers le paysage, le Québec a été témoin d’une pluralité d’initiatives innovantes adaptées aux spécificités locales et régionales.
Des acteurs se rassemblent : pour la protection et la valorisation des paysages, en réponse aux pressions multiples induites; pour envisager l’action paysagère comme une contribution au sentiment d’appartenance et de fierté, au bien-être des individus et des communautés. La reconnaissance du caractère relationnel du paysage nécessite ainsi une compréhension fine de ces composantes intangibles. Par exemple, les enjeux liés aux changements climatiques entraînent de vives préoccupations sociales envers la qualité des paysages et des cadres de vie. Or, si le milieu municipal se dote de plus en plus d’outils pour considérer les composantes tangibles des paysages (ex. : caractéristiques physico-spatiales), la prise en compte des valeurs intangibles reste un défi. L’absence de considération à leur égard peut entraîner des conséquences bien réelles au sein des communautés, pouvant conduire à l’émergence de tensions, voire d’épisodes de conflit. Il est dès lors essentiel de réfléchir collectivement aux manières de révéler ces valeurs pour ensuite les mobiliser dans l’action.
La prise en charge de ces enjeux implique une multiplicité d’acteurs du territoire, du citoyen, aux experts, aux élus. La perspective partenariale doit donc être au cœur de la réponse à apporter à ces défis d’envergure. C’est dans cette optique que la CPEUM a créé le projet d’atlas social des paysages et des territoires pour le Québec. Cette démarche et certains résultats seront présentés et mis en dialogue avec les travaux d’autres parties prenantes pour faire avancer les connaissances et la prise en compte des dimensions intangibles de la demande sociale en paysage. Ce thème demeure d’ailleurs peu discuté, dans la littérature comme dans la pratique, d’où son intérêt scientifique.
Les défis rencontrés dans la pratique seront abordés lors de présentations d’études de cas et d’expertises variées, de réflexions sur les outils et approches méthodologiques propices pour favoriser l’inclusion — notamment celle des groupes touchés par des enjeux de justice épistémique —, et pour tirer des leçons utiles au développement de nouveaux projets à travers le Québec.
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