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Maryne Mutis : Université de Lorraine
Depuis une dizaine d’année, les publications fleurissent sur une expérience oubliée, celle du regain d’énergie en fin de vie (Batthyány & Greyson, 2020 ; Mutis et al., 2024). Autrement appelé lucidité terminale, ce terme désigne les situations d’amélioration soudaine chez des personnes dont l’état général était altéré, tant sur le plan cognitif que physique (Nahm, 2009 ; Nahm et al., 2012). Soudainement, la maladie s’efface et laisse à nouveau émerger paroles, souvenirs ou mobilité. Mais cette amélioration que l’on pourrait croire pérenne, ne durerait souvent que quelques jours (Lim et al., 2020 ; Schreiber & Bennet, 2014).
Cette communication vise à introduire les résultats d’un travail de thèse en psychologie sur les répercussions cliniques de la lucidité terminale. En s’appuyant sur une méthode qualitative d’analyse phénoménologique interprétative (Smith et al., 2009 ; Antoine & Smith, 2017), nous avons recueillis et analyse les corpus d’entretiens semi-directs auprès de 21 endeuillés. Nous souhaitons à partir de ce travail, exposer la manière dont cette période d’amélioration offre un espace où l’intimité et la force des relations peuvent se redéployer, malgré la maladie. La lucidité terminale aiderait ainsi les familles à se séparer dans le lien, au travers de cette reconnexion finale venant constituer un appui pour traverser le deuil de manière plus sereine.
Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?
Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.
Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.
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