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Stéphane Moulin : Université de Montréal
Le mal-être au travail est souvent appréhendé soit sous l’angle de l’insatisfaction au travail, soit sous celui des effets négatifs du travail sur la santé. De nombreux outils psychométriques ont été proposés pour identifier les individus en souffrance. Or ces approches classificatoires font face à deux limites. D’une part, les chevauchements et interconnections entre les dimensions cognitives et affectives conduisent à adopter une approche plus intégrée, dépassant la dichotomie entre le rationnel et l’émotionnel. D’autre part, l’expérience du travail apparaît marquée par une ambivalence intrinsèque entre les dimensions positives et négatives. Comment donc penser les problèmes au travail sans réduire ces interconnexions et ambivalences ? Afin de mieux comprendre le mal-être au travail, à l’interface entre souffrance partagée et problématisation sociale, il est essentiel de passer, comme le préconisait Marcelo Otero, d’une perspective centrée sur les populations problématiques à une approche axée sur les dimensions socialement problématisées. Trois grandes dimensions peuvent être distinguées à cet égard : les expositions psychosociales aux contraintes organisationnelles ; les dispositions éthiques, socialement incorporées, activées ou inhibées ; les stratégies de gestion, individuelles ou collectives. Étudier ces dimensions, c’est reconnaître que les expériences au travail traduisent des tensions profondes liées aux transformations des structures et des valeurs sociales.
L’intégration des expertises disciplinaires dans l’étude des problèmes sociaux est aujourd’hui indispensable au vu non seulement de leur complexité et de leur singularisation croissantes (Otero, 2013), mais des réductionnismes, raccourcis, déplacements, recadrages, amalgames et intensifications qui les alimentent à l’ère d’une montée des populismes et des polarisations (politiques, morales, culturelles, économiques, identitaires, etc.). Par ailleurs, il est essentiel d’examiner comment la multiplication des efforts de reconnaissance de la diversité des formes vécues des problèmes sociaux (distorsions, colères, haines, intimidations, indignités, dysrégulations, dépendances, épuisements, invalidations, fragilisations, épreuves, manques, etc.) est associée à de nouvelles manières de comprendre, de soutenir et d’améliorer, mais également de surveiller, de favoriser et de punir.
L’interface comme concept ouvre une voie particulièrement féconde pour appréhender les problèmes sociaux et les problématisations du social dans un monde différencié, médiatisé, déhiérarchisé, détraditionnalisé, émotionalisé et précarisé où les tensions, paradoxes et contradictions sont de plus en plus incarnés et problématisés à travers une multitude de projections. Une interface est une relation, un lien, un pont, ou une jonction qui permet une connexion signifiante entre des éléments dissemblables. Elle est également la limite, la frontière, la clôture ou l’obstacle qui génère la distance dont dépend la circulation productive de signes.
Ce colloque est l’occasion de réfléchir ensemble aux tensions contemporaines et à ce qu’elles génèrent, y compris les tensions entre les regards disciplinaires, entre les angles de problématisation, et entre les manières de situer et d’incarner les problèmes. Nous assisterons à la présentation de problématisations et de problématiques actuelles et actualisées autour de thèmes tels que l’intimité, le travail, l’extrémisme, la vaccination, le contrôle et la surveillance, les psychotropes, les dépendances, l’anxiété, la construction des problèmes sociaux, le vieillissement et les jeunes vivant un premier épisode psychotique.
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