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Valérie De Courville Nicol : Université Concordia
Nous problématisons tant de phénomènes aujourd’hui, dont nos perceptions et celles des autres, la crise climatique, les fausses nouvelles, la polarisation culturelle, les maladies chroniques, l’intelligence artificielle, la cyberdépendance, et les injustices. Ces préoccupations font partie du vaste champ des insécurités que nous appréhendons collectivement et souvent aussi individuellement avec anxiété, auxquelles s’ajoute l’anxiété elle-même. L’expérience anxieuse forme aujourd’hui un objet dérangeant que nous cherchons à connaître afin de mieux intervenir sur lui. Mais avant d’être l’objet de nos problématisations, l’anxiété en est le moteur. Comment comprendre ce que nous ressentons et ce que nous faisons de manière sociologique ? D’abord, je démontre que la préoccupation culturelle pour le phénomène de l’anxiété est notre manière collective de cerner et de préciser ce qui nous insécurise. Les insécurités sont les objets de l’expérience anxieuse. Ensuite, je qualifie d’expérience anxieuse cette attention évaluative et normative qui configure, oriente et alimente nos pratiques. Si on s’intéresse à ce qui nous heurte ou nous inquiète, c’est que l’anxiété nous incite à articuler les perceptions de menace (les insécurités) et à délimiter des champs au sein desquels on peut et on souhaite intervenir (santé mentale, santé publique, normativité sociale, gouvernance, abus de pouvoir, distorsions collectives, etc.) en tant qu’enjeux dans les problèmes sociaux.
L’intégration des expertises disciplinaires dans l’étude des problèmes sociaux est aujourd’hui indispensable au vu non seulement de leur complexité et de leur singularisation croissantes (Otero, 2013), mais des réductionnismes, raccourcis, déplacements, recadrages, amalgames et intensifications qui les alimentent à l’ère d’une montée des populismes et des polarisations (politiques, morales, culturelles, économiques, identitaires, etc.). Par ailleurs, il est essentiel d’examiner comment la multiplication des efforts de reconnaissance de la diversité des formes vécues des problèmes sociaux (distorsions, colères, haines, intimidations, indignités, dysrégulations, dépendances, épuisements, invalidations, fragilisations, épreuves, manques, etc.) est associée à de nouvelles manières de comprendre, de soutenir et d’améliorer, mais également de surveiller, de favoriser et de punir.
L’interface comme concept ouvre une voie particulièrement féconde pour appréhender les problèmes sociaux et les problématisations du social dans un monde différencié, médiatisé, déhiérarchisé, détraditionnalisé, émotionalisé et précarisé où les tensions, paradoxes et contradictions sont de plus en plus incarnés et problématisés à travers une multitude de projections. Une interface est une relation, un lien, un pont, ou une jonction qui permet une connexion signifiante entre des éléments dissemblables. Elle est également la limite, la frontière, la clôture ou l’obstacle qui génère la distance dont dépend la circulation productive de signes.
Ce colloque est l’occasion de réfléchir ensemble aux tensions contemporaines et à ce qu’elles génèrent, y compris les tensions entre les regards disciplinaires, entre les angles de problématisation, et entre les manières de situer et d’incarner les problèmes. Nous assisterons à la présentation de problématisations et de problématiques actuelles et actualisées autour de thèmes tels que l’intimité, le travail, l’extrémisme, la vaccination, le contrôle et la surveillance, les psychotropes, les dépendances, l’anxiété, la construction des problèmes sociaux, le vieillissement et les jeunes vivant un premier épisode psychotique.
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