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Yssoufou Sagnon : Université Laval
Depuis le dernier coup d’État militaire intervenu au Burkina Faso en septembre 2022, un nouvel acteur a émergé au sein de la société civile burkinabè, les « Wayiyan » qui signifie en langue nationale mooré « sortez ». Ces jeunes « des ronds-points » se sont donnés pour objectif d’accompagner le capitaine Ibrahim Traoré dans sa lutte contre le terrorisme en protégeant son pouvoir contre toute tentative de déstabilisation. Le terme « Wayiyan » signifie par extension « sortez, il y a un danger qui mérite l’apport de tous pour le contrecarrer ». Ainsi, à chaque alerte de tentative de déstabilisation supposée ou réelle, ces « Wayiyan » prennent d’assaut les ronds-points et autres lieux stratégiques de la capitale burkinabè et lancent des appels en direct sur les réseaux sociaux invitant les autres soutiens du régime à les rejoindre pour faire échec à un éventuel coup d’État contre le capitaine Ibrahim Traoré qu’ils estiment être résolument engagé dans la lutte contre le terrorisme et l’indépendance réelle du Burkina Faso. Comment ces jeunes se servent-ils des opportunités que leur offre le numérique pour lancer leur mobilisation? Comment leur présence sur les réseaux sociaux transforme-t-elle l’espace public burkinabè? Comment leur soutien sur les réseaux sociaux est-il reçu par les acteurs politiques, notamment le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré? Ce sont autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cette communication.
Au cours des dernières décennies, l’Afrique subsaharienne a enregistré la plus forte progression mondiale en matière de pénétration d’Internet, passant de moins de 1 % de personnes connectées en 2000 à 40 % en 2022. Pour la majorité des Africain·es, l’accès à Internet se fait avec les téléphones intelligents, utilisés par 63 % d’entre eux.
L’essor du numérique en Afrique a des implications politiques majeures. Il transforme notamment les conditions d’exercice de l’action politique et publique en offrant de nombreuses opportunités aux acteurs politiques ainsi qu’à ceux de la société civile. Dans des environnements politiques marqués par des problèmes de gouvernance et de légitimité, l’avènement du numérique a en effet transformé l’engagement politique et citoyen, devenant un levier de mobilisation. Les citoyen·nes s’en servent de plus en plus pour exprimer leurs opinions, organiser et coordonner les mouvements de contestation ou de soutien à un pouvoir ou à une cause, ou encore pour faire de la vérification des faits (fact checking), mettant souvent les gouvernements devant leurs contradictions et leurs insuffisances. Parallèlement, les diasporas africaines affichent une volonté croissante de s’impliquer dans la vie politique de leur pays d’origine. Elles deviennent ainsi, par le biais des médias sociaux, les porte-voix des revendications nationales et panafricaines.
Face aux oppositions et aux contestations citoyennes, particulièrement dans des contextes autoritaires, certains gouvernements restreignent l’accès à Internet et surveillent les communications en ligne à l’aide de logiciels de surveillance sophistiqués. D’autres exploitent ces technologies pour manipuler l’opinion publique ou pour s’en prendre à la société civile, particulièrement présente dans les espaces numériques et vulnérable aux enjeux de sécurisation des données ainsi qu’à diverses formes d’attaques.
Dans ce contexte, l’objectif de ce colloque est d’explorer les opportunités, mais aussi les risques engendrés par l’essor du numérique pour l’action politique des sociétés civiles africaines, à l’échelle nationale mais aussi internationale.
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