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Liens continués et deuil paradoxal : l’impact des nécrophanies spontanées

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Renaud Evrard : Université de Lorraine

Résumé de la communication

Les « vécus subjectifs de contact avec les défunts » ou « after-death communications » font l’objet d’un regain d’intérêt dans le cadre de la clinique du deuil. Nous privilégions la notion d’expériences exceptionnelles nécrophaniques en tant que manifestations associées à la mort qui entrent dans une dynamique de rupture avec le modèle de la réalité d’un individu (Evrard et al., 2021). La prévalence des nécrophanies est de 47 à 82 % chez les endeuillés (Kamp et al., 2020). Nous avons participé à la plus grande étude sur les nécrophanies, dont la première étape a réuni 1004 questionnaires complétés en ligne (en français, anglais et espagnol) (Elsaesser, 2021), en analysant en particulier 108 témoignages de nécrophanies possédant au moins une facette « effrayante ». Ces données quantitatives nous permettent d’explorer à la fois les phénoménologies de ces vécus, leurs valences, leurs contenus, les angoisses associées et leurs modalités de partage. L’ensemble de notre analyse suggère que ces vécus peuvent constituer des catalyseurs d’un deuil non-pathologique, en contradiction avec le modèle normatif dit de la « rupture », d’où sa dénomination de « deuil paradoxal ». Il vient renforcer le modèle des liens continués en suggérant qu’un deuil peut être accompli au prix de maintenir toujours ouverte et vivante la relation avec le défunt. Des réflexions sur l’évolution des prises en charge du deuil pourront être exposées et discutées (Evrard et al., 2024).

Résumé du colloque

Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?

Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.

Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.

Contexte

section icon Date : 7 mai 2025

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