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Guillaume Ouellet : Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales / UQAM
Dans un climat sociopolitique marqué par de multiples crises — sanitaires, environnementales, économiques, sociales — une frange croissante de la population se retrouve en situation de précarité (résidentielle, financière, relationnelle, etc.). Confrontés à un contexte d’intervention qualifié de complexe, plusieurs intervenant.e.s sociaux affirment se sentir contraint.e.s par l’inadéquation de l’offre de service, la rigidité des normes institutionnelles ainsi que par la pression constante liée au travail dans l’urgence. Alors que certain.e.s témoignent d’un sentiment d’impuissance, de perte de sens ou de cynisme, d’autres développent des pratiques dérogatoires qui visent à maintenir l’humanité et l’équité au sein d’un système qui apparait déshumanisant. À l’instar de Don Quichotte, qui refuse ardemment le désenchantement propre à son époque, ces intervenant.e.s choisissent de défier les logiques institutionnelles et les barrières structurelles pour remettre à l’avant-plan les idéaux d’équité et de dignité humaine. Le projet de recherche « Neurodiversité et grande précarité : l’autodétermination dans toutes les conditions », actuellement en cours, s’inscrit en appui à cette mouvance. Mobilisant l’imaginaire et l’esthétique du courant Hopepunk, nous soutenons le développement d’une pratique « autre », qui valorise la résistance, le changement social à petite échelle et invite à adopter une bienveillance radicale à l’égard des personnes premières concernées.
L’effritement du tissu social, la précarité des services publics et les appels managériaux à la conformité confrontent bon nombre d’intervenant·es à des situations qui les placent aux frontières de leurs idéaux de pratique. Dans ce contexte, plusieurs d’entre elleux sont appelé·es à prendre des décisions qui entraînent un acte ou un sentiment de transgression envers les normes établies. Ces pratiques que nous qualifions de dérogatoires caractérisent le quotidien de plusieurs domaines d’intervention, par exemple de l’éducation, de la santé ou de l’intervention sociale et communautaire.
Les pratiques dérogatoires soulèvent des enjeux éthiques, légaux et professionnels complexes. D’une part, elles permettent une réponse plus flexible à des situations inclassifiables, mais, d’autre part, elles remettent en question l’autorité des normes établies et la légitimité même de l’intervention. Parallèlement, au cours des dernières décennies, les acteurs sociaux et sanitaires se sont vu conférer un important pouvoir discrétionnaire pour la mise en œuvre des politiques publiques (Lipsky, 2010). Un tel pouvoir place ces acteurs dans des contextes où une « pluralité de moralités » (Massé, 2017, p. 125) coexiste et se heurte, entraînant une reconfiguration, et parfois même une remise en question du sens et des registres d’action.
En pratique, plusieurs questions sont susceptibles d’émerger de ce constat, illustrant la pertinence d’une étude plus approfondie de la fonction, des risques et des conséquences associés aux pratiques dérogatoires : Comment les pratiques dérogatoires sont-elles justifiées ou contestées, sur le plan fonctionnel et symbolique? Pourquoi ces pratiques parfois essentielles au fonctionnement des institutions sont-elles réprimées par celles-ci, malgré des idéaux partagés? Comment préserver l’idéal de l’intervention en l’absence de conditions de travail adéquates? C’est à ces questions et à tant d’autres que ce colloque tente d’apporter différentes réponses.
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