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Célia Le Normand : Université de Montréal
Au cours des premières années de leur vie, les enfants peuvent être confrontés à divers événements susceptibles de nuire à leur adaptation, tels que le décès d’un parent, la séparation des parents, une hospitalisation prolongée, ou encore un placement. Ces événements potentiellement traumatiques entraînent la perte temporaire ou définitive d'une figure d'attachement, et donnent lieu à un processus de deuil objectif (décès) ou symbolique (séparation prolongée) (Freud, 1915). Les recherches sur le deuil ont permis de mieux comprendre ce processus, désormais perçu comme dynamique et itératif (Berthod, 2016; Bonanno, 2011). Elles ont aussi mis en évidence l'importance de la remémoration et de la réexpérimentation du lien avec la personne perdue, éléments essentiels du travail de deuil (Rando, 1993; Worden, 2009). Cette communication présente des constats issus d’une recherche qualitative exploratoire menée au Québec auprès de jeunes ayant perdu une figure d’attachement et d’enseignantes du primaire ayant côtoyé un élève endeuillé. Les résultats documentent diverses expériences de maintien du lien émotionnel avec la personne perdue. Ils soulignent également les incompréhensions que cela a parfois générées, et évoquent les répercussions de ces dernières sur la trajectoire adaptative. Ultimement, cette communication insiste sur l’importance de normaliser la persistance du lien émotionnel en contexte de deuil pour mieux soutenir l’adaptation des jeunes.
Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?
Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.
Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.
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