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Mathieu Gagnon : Université de Sherbrooke
La philosophie est, depuis ses origines, considérée comme l’une des disciplines par excellence pour maitriser les rouages du bien penser. D’où l’attention dirigée, notamment, sur les principes de logique, les processus argumentatifs ou encore la pensée critique. La formation philosophique aboutit d’ailleurs régulièrement à la production d’un texte argumentatif, principalement sous la forme de la dissertation. Plus récemment, des études (essentiellement menées par Marie-France Daniel) ont montré que la pensée critique des enfants, à partir d’un jeune âge, se développe lorsqu’ils sont mis au défi de réfléchir ensemble à l’intérieur de dialogues philosophiques (Daniel, 2005; Daniel et al., 2017). Ces études ont permis de remettre en cause les idées reçues selon lesquelles la pensée critique est inaccessible aux enfants. En revanche, celles-ci ne permettent pas d’examiner si et dans quelle mesure la pensée critique mobilisée en philosophie pour enfants est alimentée par des processus argumentatifs. Or, en théorie, ceux-ci sont parfois considérées complémentaires en tant que les arguments figurent parmi les objets sur lesquels porterait la pensée critique, de nature plus évaluative. C’est au regard de ces relations entre processus argumentatif et pensée critique en situation de pratique de la philosophie avec les enfants que sera structurée notre communication. Pour ce faire, nous prendrons appui sur l’analyse de 12 ateliers de philosophie menés en classe primaire.
L’intérêt pour le développement de la compétence argumentative à l’école a connu un grand essor au cours des dernières décennies, en s’inspirant notamment des travaux philosophiques et psychologiques (Rapanta, 2013). Elle est considérée en recherche dans divers champs, notamment comme compétence nécessaire à la construction d’une vision du monde et à l’exercice d’une citoyenneté éclairée.
D’une part, l’argumentation est vue comme une approche d’enseignement-apprentissage dans plusieurs disciplines scolaires. Par exemple, puisque les pratiques argumentatives font partie du fonctionnement des communautés disciplinaires de référence dans les domaines des sciences, de l’histoire, des langues ou des mathématiques, on s’attend à ce que leur introduction en classe engage les élèves dans des démarches de recherche favorisant l’apprentissage des processus et des concepts dans ces disciplines (Bisault et Le Bourgeois, 2006). D’autre part, dans une perspective citoyenne qui mobilise ou non les savoirs disciplinaires, c’est l’apprentissage de l’argumentation elle-même qui est au cœur de certaines approches qui font appel, par exemple, au dialogue philosophique (Gagnon et Yergeau, 2016), à l’analyse des médias numérique, à l’étude des controverses socioscientifiques (comme les controverses entourant certains vaccins ou le changement climatique) (Dawson et Carson, 2020) ou des sujets sensibles comme le racisme ou l’identité de genre (Moisan et coll., 2022). Ainsi, si aucun domaine de recherche ne peut prétendre avoir le monopole de l’argumentation (Michelli, 2011), des questions importantes méritent d’être posées et discutées : que nous apprennent les recherches réalisées dans la francophonie sur l’argumentation dans les différents champs? Peut-on en dégager des spécificités disciplinaires et des dimensions transversales de l’argumentation? Quelles sont les possibilités et les défis de croiser les approches théoriques et méthodologiques, dans une perspective interdisciplinaire?
Le colloque, organisé par le Centre de recherche interuniversitaire en didactiques (CRIDid), avec la collaboration du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (CREA) et du collectif d.phi, réunit des communications de chercheur·ses ainsi que d’étudiant·es qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre des objectifs suivants :
1) Présentation de résultats de recherches portant sur l’argumentation à l’école, en considérant les différents champs disciplinaires et les différentes composantes du processus d’enseignement-apprentissage (curriculum, ressources didactiques, pratiques d’enseignement, processus d’apprentissage, etc.). Chaque communication doit présenter clairement le cadre de référence et le cadre méthodologique retenu, en plus des résultats.
2) Présentation d’une conceptualisation de l’argumentation dans le contexte scolaire, fondée sur l’analyse des conceptualisations existantes.
3) Proposition d’une approche d’enseignement et d’apprentissage de l’argumentation.
Titre du colloque :