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Marilyne Boisvert : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Il ne date pas d'hier que l'école incarne un espace où des rapports de pouvoir se construisent sur la base de différences linguistiques (Bourdieu, 1982; Blanchet, 2016). L'idéologie monolingue et mononormative véhiculée par et dans l'école, comme les relations asymétriques entre élèves et acteur·trices scolaires, ont le potentiel d'y accentuer les inégalités sociales linguistiques.
Pour mieux comprendre comment amenuiser ces inégalités au Québec, des études en didactique ont été menées auprès d'enseignant·es (ex. : Thibeault, Maynard et Boisvert, 2022). Elles ont été utiles pour légitimer le plurilinguisme des élèves, mais force est d'admettre qu'elle ont peu impliqué ces derniers·ères dans le processus de recherche, alors qu'il s'agit d'une clé afin de rendre les contextes éducatifs formels un endroit propice à la négociation et à la redistribution du pouvoir (Freire, 1974; 2013).
Partant de ce constat, il nous a semblé justifié de mener une recherche-action participative qui place en son coeur la voix des jeunes. Une équipe composée de 17 élèves de première à la cinquième secondaires d'un milieu régional, au Centre-du-Québec, a planifié et mis en place des actions dans leur école afin de valoriser la diversité linguistique et d'affirmer leur identité linguistique complexe. Cette communication se propose de rapporter les résultats préliminaires de l'étude, découlant d'entretiens et d'observations. Notre regard sera porté sur les obstacles et les facilitateurs à la démarche.
L’espace francophone international a connu des transformations considérables. En 1960, plus de 90 % des francophones de la planète se trouvaient au Nord, principalement en Europe. À partir de la décennie 1980, nous assistons à une reconfiguration géographique majeure faisant en sorte que l’Afrique compte actuellement plus de la moitié des 343 millions de francophones de la planète. Ce déplacement des plaques tectoniques de l’espace francophone s’explique d’abord par l’importante poussée démographique africaine, à laquelle s’ajoute le fait que la langue française s’est répandue rapidement sur ce continent par le truchement des systèmes d’enseignement qui reposent sur les langues coloniales. Le français, devenu peu à peu langue africaine (Mbembe et Mabankou, 2018), s’inscrit ainsi à intensité variable dans le quotidien des populations d’Afrique francophone avec d’autres langues de communication encore bien vivantes dans plusieurs pays : wolof, dioula, lingala, arabe et bien d’autres. L’important plurilinguisme qui émerge de ces contextes variés favorise les échanges et emprunts, faisant en sorte que l’espace francophone est devenu pluriel… et ça s’entend!
Si plurilinguisme n’est pas un phénomène nouveau, il s’est amplifié avec l’immigration internationale, devenue le marqueur central du tissu social du Québec comme du Canada. L’ISQ (2024) nous apprenait que la croissance démographique du Québec s’expliquait à plus de 99 % par l’immigration. On sait aussi que « l’Afrique est maintenant le deuxième continent en importance du point de vue de l’immigration récente au Canada, ayant surpassé l’Europe, qui occupe la troisième place » (Statcan, 2017, p. 4). Par exemple, 41 % des immigrants permanents admis au Québec en 2023 sont nés en Afrique : Cameroun, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo de même que les pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) (ISQ, 2024). Ces pays appartiennent à l’espace francophone, un espace de recrutement de plus en plus privilégié par les politiques migratoires du Québec et du Canada francophone, et un espace qui est lui-même traversé par le plurilinguisme, comme nous l’avons souligné.
Par ailleurs, comparativement à d’autres espaces linguistiques devenus assez tôt polycentriques — les espaces anglophone et lusophone notamment avec l’émergence des normes étatsuniennes et brésiliennes —, la langue française est demeurée jusqu’à récemment unicentrée sur la norme et les standards de la France, voire de Paris. C’est possiblement le Québec avec la création de plusieurs institutions (Conseil de la langue française, OQLF, etc.) qui a le mieux symbolisé cette tendance polycentrique, qui pourrait se répandre comme cela semble être le cas avec la langue française ivoirienne. En somme, plurilinguisme et polycentrisme sont assurément deux forces qui traversent l’espace francophone international et auquel le Québec est loin d’échapper.
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