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Nora Hocianat : Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
Le Québec, avec l’ajout de l’article 51.1 Cpc du code criminel du Canada, ouvre la voie à la reconnaissance de la « violence judiciaire » en matière familiale. Cette avancée dans l’accès à la justice plus équitable et pérenne pour les personnes victimes de violences sexospécifiques expose que les auteurs de violence poursuivent leur contrôle sur leurs victimes à travers les tribunaux. Les maisons d’hébergement constatent que, même lorsque les femmes victimes entreprennent des démarches judiciaires, la violence ne s’arrête pas aux portes du tribunal. Au contraire, les auteurs de violence développent de nouvelles stratégies de contrôle et de domination, exposant certaines failles du droit et du système de justice, pour poursuivre l’emprise et la violence sur leur victime. Sous le couvert du droit de faire valoir leurs droits devant les tribunaux, certains auteurs multiplient les procédures à l’encontre de la victime afin de neutraliser son pouvoir d’agir et sa liberté. Les femmes victimes peuvent être prises au piège lorsque l’agresseur décide d’instrumentaliser à outrance le processus judiciaire et les multiples instances existantes. À partir d’une méthode d’analyse qualitative basée sur des entretiens auprès de femmes et d’intervenantes en maisons d’hébergement, nous souhaitons mettre en lumière la violence judiciaire exercée contre les femmes lorsque les auteurs de violence instrumentalisent les dispositifs judiciaires et en font un levier de contrôle sur celles-ci.
Les violences faites aux filles et aux femmes (VFFF), notamment les violences à caractère sexuel (VACS), constituent un problème social et de santé publique majeur. Beaucoup d’efforts ont été faits pour les dénoncer et tenter de les éradiquer, donnant lieu à une panoplie d’initiatives de sensibilisation, d’intervention, de politiques publiques et d’instances comme les tribunaux spécialisés en matière de violences sexuelles et conjugales. En dépit d’avancées notables, les manifestations de VFFF, dont les VACS, subsistent. De même, si des avancées notables sont observées dans l’articulation entre la recherche, l’offre de services appuyée sur ses résultats et les formes de mobilisation de connaissances qui en découlent, notamment avec le développement de recherches appliquées de type recherche-action, recherche partenariale, recherche-création, il reste beaucoup à faire.
C’est ici qu’interviennent le Collectif de recherches et d’actions SAS-Femmes et la Chaire de recherche du Canada – Violence sexuelle, prévention, intervention (CRC-VSPI), qui accordent la priorité à la collaboration entre les univers de la recherche et de la pratique, en travaillant étroitement avec celles et ceux directement touchés par différentes formes de violence, en vue de développer des recherches et des actions contribuant à assurer la sécurité, l’autonomie et la santé des filles et des femmes. Nos recherches sont menées en partenariat avec les milieux d’intervention, permettant de décloisonner les savoirs et de générer des productions théoriques, empiriques et pratiques proches des réalités des personnes concernées.
Ce colloque s’inscrit dans la programmation respective de SAS-Femmes et de la CRC-VSPI. Il rassemblera des personnes chercheuses, étudiantes, intervenantes, militantes féministes et expertes de vécu en vue de faire circuler et dialoguer les connaissances issues des différents milieux, mettant ainsi en valeur tant la recherche que les pratiques informées par celles-ci.