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Aurélie Netz : Eglise réformée vaudoise
Depuis une vingtaine d’années, les anthropologues explorent comment les relations avec des êtres spirituels – ces acteurs parasociaux – influencent l’expérience des individus (Luhrmann, 2022). En particulier, les liens continus spiritualisés aux disparus constituent désormais un axe de recherche (Molinié, 2006 ; Despret, 2015).
Dans le cadre d’une recherche ethnographique, j’ai rencontré sept femmes et deux hommes qui m’ont raconté les relations qu’ils estimaient expérimenter avec des êtres spirituels ou divins (Netz, 2024 ; 2025).
Quatre jeunes femmes ont évoqué les relations qu’elles avaient développées durant leur enfance (et leur adolescence)suite au décès d’un de leurs proches (grands-parents, amie décédée par suicide). Elles ont nourri ces relations par des rituels (Martin, 2023) et des pratiques spirituelles, s’actualisant dans un sentiment de présence et de soutien. Au fils des ans, ces liens continus vécus de manière spirituelle ont été des relais face aux difficultés existentielles et sociales que ces jeunes femmes traversaient. Dans cette communication, je souhaiterais ouvrir les réflexions suivantes à partir des données issues des entretiens :
Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?
Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.
Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.
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