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Marion Chevalier : Conservatoire national des arts et métiers
En 2021, une association d’artistes s’occupe d’un local collectif résidentiel dans un quartier populaire de Seine-Saint-Denis, et tente de construire les conditions d’un salariat artistique.
Au lendemain de la pandémie de Covid-19, et alors que le quartier se transforme au fil des travaux du Grand Paris, le groupe entame un processus de professionnalisation, et une quête de pérennité. A quelles conditions de production le salariat artistique donne-t-il accès, et quels régimes d'engagement dans l’activité artistique suscite-t-il ? Comment comprendre cette quête au XXIème siècle, dans son rapport aux transformations néolibérales du travail et dans l’histoire artistique dans laquelle elle s’inscrit ? Quelles sont les modalités financières, organisationnelles et symboliques à la faveur desquelles cette expérimentation a lieu ?
Cette communication analyse deux années de construction d’une économie artistique sous contrainte et de négociation de marges d’autonomie collective en son sein. Elle s’appuie sur une ethnographie menée depuis une position interne, celle de membre salariée du groupe. L’enquête soumet à un examen critique, à la lumière de l’histoire sociale de l’art, des études queer de la temporalité, des sciences de gestion critiques un certain nombre de théories relayées depuis les années 1990 par les auteurices du « paradigme sociologique de l’art » selon l'expression de Laurent Buffet, qui font de l’artiste la matrice des mutations organisationnelles des mondes du travail dans le capitalisme tardif.
Les collectifs d’artistes constituent des entités dont l’action participe de manière importante à la vitalité culturelle d’une société. Les compagnies de théâtre ou de danse, les groupes musicaux autoproduits, les centres d’artistes autogérés, les maisons d’édition dirigées par des écrivains, pour ne donner que ces exemples, forment une constellation abondante et dynamique de la production artistique, au Québec comme ailleurs.
Or, ces organisations, souvent de taille modeste et caractérisées par une orientation résolument artistique – une logique de la création –, s’avèrent vulnérables et souvent marginalisées dans l’univers de la consommation culturelle, où d’autres logiques – commerciales, managériales, etc. – leur font face. En effet, ces collectifs de production artistiques rencontrent plusieurs défis afin de pérenniser et de soutenir leurs activités de création, parmi lesquels les décalages entre les logiques gestionnaires et artistiques, les injonctions administratives des subventionnaires ou les enjeux de la diffusion devant public. Quelles sont les tensions et les stratégies d’adaptation qui animent actuellement ces organisations?
Au Québec, le financement de la production culturelle est assuré en grande proportion par les subventions publiques. Dans les dernières années, et peut-être d’autant plus dans la foulée du renouvellement de la Loi sur le statut professionnel des artistes, les requêtes adressées aux collectifs d’artistes par les organismes subventionnaires ont impulsé de nouvelles pratiques administratives et ont potentiellement conduit à plusieurs transformations dans la culture de ces organismes. Que dit la réalité du terrain? Qu’en est-il hors du Québec?
Considérant également que les travailleurs, artistes et autres, de ces organisations assument les contrecoups de la précarité, de la fluidité ou de la vulnérabilité de leurs structures d’intégration professionnelle, ce colloque souhaite également interroger les réelles conditions de travail dans les secteurs de la production culturelle et artistique, explorant du même souffle les conséquences de ces conditions sur la production elle-même.
Ces enjeux, loin de concerner une portion marginale de la production de richesse sociale, ont un impact sur le rayonnement de la culture, sur l’éducation culturelle en général et sur l’état du dialogue social, influencé et nourri par la création de toutes les disciplines.
Tout en interrogeant les spécificités locales des dynamiques culturelles québécoises et canadiennes actuelles, le colloque demeure ouvert aux communications d’ici et d’ailleurs qui abordent les enjeux plus généraux soulevés par les collectifs d’artistes à l’échelle internationale et dans la longue durée.
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