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Danial Nabizadeh : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Dans un contexte marqué par un discours publique en transformation quant à la diversité linguistique au Québec, le concept des idéologies linguistiques apparait être un outil heuristiquement riche pour éclairer les différents rapports à la diversité linguistique au sein de l’école québécoise. Après avoir présenté certains encadrements en vigueur et avoir présenté quelques données quant à la présence de la diversité linguistique à l’école québécoise, nous aurons recours au cadran des idéologies linguistiques d’Armand (2021) et du continuum du translanguaging de Garcia et Lin (2016) afin de proposer une typologie des différentes pratiques éducatives au regard de leur traitement de la diversité linguistique. Des ressources pédagogiques prototypiques seront présentées pour exemplifier le propos.
L’espace francophone international a connu des transformations considérables. En 1960, plus de 90 % des francophones de la planète se trouvaient au Nord, principalement en Europe. À partir de la décennie 1980, nous assistons à une reconfiguration géographique majeure faisant en sorte que l’Afrique compte actuellement plus de la moitié des 343 millions de francophones de la planète. Ce déplacement des plaques tectoniques de l’espace francophone s’explique d’abord par l’importante poussée démographique africaine, à laquelle s’ajoute le fait que la langue française s’est répandue rapidement sur ce continent par le truchement des systèmes d’enseignement qui reposent sur les langues coloniales. Le français, devenu peu à peu langue africaine (Mbembe et Mabankou, 2018), s’inscrit ainsi à intensité variable dans le quotidien des populations d’Afrique francophone avec d’autres langues de communication encore bien vivantes dans plusieurs pays : wolof, dioula, lingala, arabe et bien d’autres. L’important plurilinguisme qui émerge de ces contextes variés favorise les échanges et emprunts, faisant en sorte que l’espace francophone est devenu pluriel… et ça s’entend!
Si plurilinguisme n’est pas un phénomène nouveau, il s’est amplifié avec l’immigration internationale, devenue le marqueur central du tissu social du Québec comme du Canada. L’ISQ (2024) nous apprenait que la croissance démographique du Québec s’expliquait à plus de 99 % par l’immigration. On sait aussi que « l’Afrique est maintenant le deuxième continent en importance du point de vue de l’immigration récente au Canada, ayant surpassé l’Europe, qui occupe la troisième place » (Statcan, 2017, p. 4). Par exemple, 41 % des immigrants permanents admis au Québec en 2023 sont nés en Afrique : Cameroun, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo de même que les pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) (ISQ, 2024). Ces pays appartiennent à l’espace francophone, un espace de recrutement de plus en plus privilégié par les politiques migratoires du Québec et du Canada francophone, et un espace qui est lui-même traversé par le plurilinguisme, comme nous l’avons souligné.
Par ailleurs, comparativement à d’autres espaces linguistiques devenus assez tôt polycentriques — les espaces anglophone et lusophone notamment avec l’émergence des normes étatsuniennes et brésiliennes —, la langue française est demeurée jusqu’à récemment unicentrée sur la norme et les standards de la France, voire de Paris. C’est possiblement le Québec avec la création de plusieurs institutions (Conseil de la langue française, OQLF, etc.) qui a le mieux symbolisé cette tendance polycentrique, qui pourrait se répandre comme cela semble être le cas avec la langue française ivoirienne. En somme, plurilinguisme et polycentrisme sont assurément deux forces qui traversent l’espace francophone international et auquel le Québec est loin d’échapper.
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