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Tasha Sarrazin Audras : École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM
Le corps n’est pas assez académique (The bodies collective, 2023), ce qui fait en sorte qu’il est souvent mis de côté en recherche, il en va de même pour le corps du / de la cherchereuse qui semble exclu des études en sciences sociales. (Fotaki et al., 2017). Pourtant, le corps est un élément central à la recherche et à la performance. Je vous invite donc à mettre le corps au centre de notre exploration à l’aide d’une méthodologie “bodyographique” axée sur la recherche faites avec, à travers, dans et entre les corps et reconnaissant qu’aucun mode de production du savoir ne se produit sans celui-ci (The bodies collective, 2023). Nous explorerons ensemble la construction de mon lien à la performance et sa solidification à travers mon parcours académique. Plus, particulièrement comment mon corps, celui de mes collègues, celui de mes participant.es, le vôtre ainsi que les interactions entre ceux-ci influencent mon parcours doctoral. Finalement, il sera question de la façon dont j’utilise le corps afin de naviguer dans l’écosystème académique favorisant l’objectivité et la performance dans un monde de « Publish or Perish » (Frey, 2003) et effriter ce lien précédemment construit grâce à des méthodologies et de façons de restituer le savoir qui résonnent avec moi et mon projet de thèse. Bref, il sera question de corps, de performance, la mienne, la leur… peut-être même la vôtre, de méthodes, de problématiques et d’enjeux sensibles.
Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).
Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.
Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?
Titre du colloque :