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Jessie-Mélissa Bossé : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
La crise de notre relation au vivant met en lumière une rupture perceptive altérant notre sensibilité au monde (Morizot, 2023 ; Simard et al., 2022 ; Zhong Mengual, 2021). En éducation artistique, cette déconnexion croissante se manifeste par des approches figées : transmission rigide, primauté du rationnel ou du technique (Morel, 2023 ; Richard, 2021 ; Trudel, 2010). Dans cette perspective, je m’intéresse au rôle de l’incertitude dans les processus artistiques et pédagogiques pour réinventer notre rapport au réel, ouvrir les possibles d’une imagination active et agente (Fleury, 2006). Intrinsèquement liée au vivant, l’incertitude ne doit pas être écartée en contexte scolaire : moment de flottement ou moteur de création, elle ouvre un espace d’interaction avec le monde (Chapleau, 2021 ; Merleau-Ponty, 1945). Cette recherche artographique et autoethnographique explore ces dimensions à travers mon parcours d’artiste-chercheuse-enseignante, ainsi que dans le projet Réfléchir l’ombre (Reims, 2024 – Québec, 2025). L’ombre, par sa nature éphémère et relationnelle (Gombrich, 2015), engage des dynamiques d’interdépendance entre les êtres et leur milieu de vie. Trace et absence à la fois, elle active une sensibilité aux liens entre vivant et non-vivant, perception et imaginaire. Les avancées révèlent déjà que l’incertitude inhérente aux ateliers alliant sensorialité et réflexion conceptuelle rompt avec les pratiques normatives et esquisse un espace de rapprochement avec le réel.
À la lumière de l’orientation actuelle de l’école vers la formation de citoyennes et de citoyens plusieurs études se penchent sur la manière d’aborder dans les matières d’enseignement des thématiques cruciales telles que le racisme, la justice sociale, le nationalisme, les questions autochtones, le sexisme, etc. Ce type de préoccupation est devenu fondamental dans le cours d’histoire (Moisan et coll., 2022), de même qu’enseigner la géographie du point de vue socioterritorial, de la consommation et/ou de l’exploitation des ressources, de la diversité et/ou de l’autochtonie semble essentiel quant à l’apprentissage du monde social (Prévil et Arias-Ortega, 2021). L’éducation pour un avenir viable (voire pour une relation de solidarité avec tous les êtres vivants et non vivants, ainsi que pour une relation de responsabilité envers l’avenir de la Terre) nécessite également de dépasser les frontières d’une matière précise afin de permettre aux personnes enseignantes de participer, par leur intervention éducative, au changement du rapport des générations futures avec la planète (Massie et Boutet, 2023). Un processus de lecture/écriture peut ainsi impliquer la formation au vivre ensemble, soit la déconstruction des préjugés envers autrui, et favoriser l’inclusion (Caron, 2023). Dans ce contexte, pour cette 6e édition du colloque, nous revenons sur la place de la dimension sociale dans l’éducation à l’art et à la littérature. Les domaines artistiques (y compris la création littéraire) trouvant leur source dans les conditions universelles de l’expérience sensible et dans la puissance qu’elles exercent sur la conscience et la signification (Berleant, 2013), nous proposons un débat autour des concepts d’« engagement esthétique » et d’« expérience de l’engagement » (idem), en invitant le public à s’interroger sur les façons dont il est possible de développer des actions éducatives en arts et littérature liées aux enjeux sociétaux.
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