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Marthe Ducos : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
La période de prise en soins palliatifs pour les adultes ayant des enfants en bas âge constitue une souffrance pour la famille. La mort d’un parent peut être traumatique pour l’enfant comme pour l’autre parent, avec des retentissements profonds sur la dynamique familiale. La mort bouleverse les repères et la famille doit affronter l’absence et s’adapter aux changements. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables car ils ont peu la possibilité d’exprimer leur souffrance, la perception de la mort de leur parent et ses liens avec lui après. La continuité des liens intergénérationnels est remise en question, notamment par le biais de mécanismes de protection réciproque. Nous proposons de réfléchir et dialoguer avec nos regards croisés sur le rapport de notre société à la mort sous l’angle des limites et du tragique de la finitude humaine. Nous explorerons les notions d’expériences de perte et de deuil qui s’inscrivent pour l’enfant dans les étapes de son développement et ouvrent à l’importance des liens d’attachement et la médiatisation du jeu. Ces expériences intimes mais redessinant le contour du collectif, notamment intra-familial seront illustrées par des verbatims. Nous partirons de situations cliniques mettant en exergue les liens que les personnes endeuillées maintiennent avec leurs proches morts. Notre clinique auprès des familles nous les fait toucher du doigt à travers la mise en mots de la souffrance et des autres émotions éprouvées dans ce processus.
Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?
Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.
Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.
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