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Greg Dinsmore : Université de l'Ontario français
Les dix dernières années ont été marquées par des avancements étonnants dans les techniques d’apprentissage automatique – surtout les méthodes d'apprentissage profond. Les grands modèles de langage (LLM) - ChatGPT et Claude ont renouvelé les débats sur la nature de l'intelligence ainsi que sur le potentiel des ordinateurs à développer une intelligence artificielle générale (AGI). Dans une série de livres et articles commençant avec Alchemy and AI en 1965, le philosophe Hubert Dreyfus, a critiqué le programme de recherche émergent en IA pour sa compréhension limitée de la nature de l'intelligence humaine. S'appuyant sur la pensée de Martin Heidegger et Maurice Merleau-Ponty, Dreyfus soutenait que le programme de recherche en IA méconnaissait la nature fondamentalement située et incarnée de l'intelligence humaine. Cette communication propose de réexaminer la critique de l'IA par Dreyfus afin de l'adapter aux modèles contemporains d'intelligence artificielle et aux enjeux de notre monde de plus en plus numérisé. Si l’intelligence humaine est conditionnée par notre incarnation dans un monde humain, il est peut-être possible de la comprendre comme étant située dans un monde numérique (une infosphère selon Luciano Floridi). Les grands modèles de langage sont mieux compris non pas comme une étape dans le processus de développement d’une intelligence artificielle générale, mais comme un outil d’orientation dans un monde de plus en plus transformé par les technologies numériques.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :